Grand document
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A
-Lettre du 18 mai 1702 (d’Arnstatt) : « Monseigneur, Voici une réponse à la lettre, que V. A. m’a fait la grâce d’écrire le 14 avril, où il y avait douze dessins, mais celle, qui la première, où il y avait vingt dessins de médailles, ne m’a pas été rendue, et je ne sais ce qu’elle est devenue. I. Je crois que la médaille de Néron avec P. MEMMIO Cleandro a été restituée par le burin. Elle est dans le cabinet du roi à Versailles, sans que j’ai pu lire davantage que Vaillant : ainsi si je ne puis avoir la copie de cette médaille en colle de poisson, je ne pourrai pas m’y fier ; car les lettres, qui suivent, n’ont aucun sens, et au lieu de ADV. AVG. Il faut qu’on lise ADL. AVG. Ce que les médailles, où il y a des adlocutions, justifient assez outre l’inspection de la médaille. II. J’envoie à V. A. l’estampe de Cestia et Munatia. Ainsi il sera facile devoir que cette médaille a été frappée en Sicile. Elle est dans le cabinet du roi à Versailles. III. La médaille de AVFIDIA est toute semblable à celle que j’ai fait graver. IV. Pour celle d’AVTRONIA, j’en ai deux différentes dont l’une a été mise dans la famille SEMPRONIA, à cause du cognomen ATRATINVS, et l’autre parmi les incertaines. V. La médaille avec est fort considérable et je ne l’ai jamais vue ; cependant il faut que les lettres numérales y soient aussi car ./. 235 tomberait dans l’année 711 que Pansa était consul à Rome. VI. Celle de la famille ATINIA m’est un peu suspecte, et si je ne la vois en colle de poisson, je ne pourrai m’y fier. VII. Il est de même du Claude cum PACONIO, car tout y est suspect, et selon les apparences on n’y a pas réussi en la renouvellant avec le burin. VIII. Mons. De Wilde à Amsterdam a fait graver la médaille de la famille FVLCINIA, et V. A. pourra voir s’il y a quelque différence. IX. Pour celle de la famille LICINIA, où il y a CRA je l’ai fait graver, et l’ait vue deux fois. X. La médaille de la famille AEBVTIA est fort singulière, mais elle m’est suspecte. A cette occasion, il faut savoir, que Vaillant a publié deux médailles avec la tête de M. Antoine, dans l’une il y a L. AEBVTIO C. PINNIO II. VIR. ainsi qu’il se lit distinctement sur celle du roi de France. L’autre est à Rome dans le cabinet du Prince Odescalchi, et le chevalier Gottifredi l’a fait ainsi graver avec P. ALITIO L. MENIO II. VIR. Mais je suis sûr, que c’est une même médaille, et la dernière a été ainsi mal restituée par Cameli, qui était un habile ouvrier pour contrefaire et restituer les médailles, ainsi que le cabinet de la défunte reine de Suède le prouvait assez. Leonardo Agostini a exercé le même métier, et le Comte Lazarra à Padoue en possèdait une grande quantité, comme aussi différents autres cabinets. Entre autres un certain Marchese Liberi de Rome envoya un catalogue de semblables médailles, lesquelles ont été très bien faites, mais toutes fausses. Et pendant que j’ai servi le Roi de France, j’en ai vu une si grande quantité de très bien contrefaites, que l’on présentait à vendre, que je m’en suis souvent étonné. Ainsi il faut prendre garde exactement, et quand une médaille a été retouchée avec un nouveau burin, je ne puis l’estimer et m’y fier. XI. La médaille de Néron avec I. PISONE est du même caractère, et toutes ces médailles (à moins que je ne les voie, ou puisse avoir la colle pour en juger) ne me servent de rien, et je n’oserais m’hasarder à les publier pour véritables. XII. Je dis la même chose du Néron avec M. PORIVS. L’on imprime les informations de Gruterus à Amsterdam chez le Sieur Halma, et je crois qu’il est achevé. Car il y a plus d’une année qu’on l’a commencé. La découverte de V. A. sur les lettres SER dans la famille MANLIA est considérable, et je ne manquerai pas de la citer. Pour ce qui est de ma santé, elle est en pauvre état, ainsi si je ne suis de la famille MVCIA, je suis pourtant un SCAEVOLA, et quand je veux faire écrire, il faut que je sois comme Jules Cosan DICTATOR PERPET mais sans si grande effusion de sang. Dans la famille CLAVDIA on lit distinctement sur la médaille du Roi VOLCANON. Je supplie V. A. de m’envoyer la colle de la médaille avec P. QVINCTILI. VARI. II. VIR afin que je puisse voir le nom d’AGRIPPA. car dans celle du Roi de France on ne le voit point. Mais la médaille de Rabinia y est d’argent très belles tout de même comme Patin l’a fait graver. Venons à la lettre du 21 avril, et voici ma réponse. I. La médaille d’Auguste, qui est dans le livre d’Ant. Augustinus, est fort rare, mais je ne l’ai point vue, et je serai bien aise de la voir en colle de poisson. Je crois pourtant, qu’au lieu de C. LVCI on y doit lire C. LVCR. J’ai aussi deux autres médailles d’Auguste, où il y a HIBERO PRAEF. Et je les ai mises dans la famille Vispania, parce que le nom d’Agrippa y est aussi sur une. II. Voici comme j’ai fait graver la médaille de Valence en Espagne ; j’ai bien trouvé un Q. Lucienus Senator in Varronis L. II de re rust. mais je ne sais encore dire si cela est nomen vel cognomen familiae Romanae. III. Votre Altesse m’en a envoyé deux dessins différents, mais je crois que c’est une même médaille, et l’une burinée, à quoi il faudra prendre garde, et je supplie de m’en envoyer la colle. IV. Je demande la même grâce pour celle de la famille Durmia ou Herennia : j’en ai reçu le dessin de feu Mr Patin, mais si mal fait, que je n’ai osé le faire graver. V. Voici comme j’ai fait graver la médaille de la fam. Poblicia, que j’ai vue à Paris, sans y pouvoir connaître davantage, et elle fut apportée d’Espagne par un marchand qui venait de Cadix. VI. Voici deux médailles que j’ai fait graver dans la famille CIPVS. VII. Pour celle que V. A. croit appartenir à la famille Voconia, je ne sais qu’en dire, et n’en ai fait graver qu’une dans la famille Fulvia, quoique j’en ai vu plusieurs en nature, et dans le livre de Don Juan de Lastanosa, qui a eu raison, à ce que je crois de les mettre entre les discognocidas. VIII. La médaille avec la tête de Neptune d’un côté, et une ancre de l’autre mérite un plus expert examen, avant qu’on l’attribue à la famille Aufidia. IX. Celle de Livia dans la famille Arria ou Furia est fort belle. J’en ai une d’Auguste avec quelque différence, et supplie dem’en envoyer la colle. X. La médaille de la famille Aebutia et Vibia m’est aussi fort suspecte, et je ne saurais en bien juger sans la colle de poisson. J’ai envoyé à V. A. l’estampe des médailles de la famille Posthumia, ainsi je n’en dirai pas davantage. XI et XII. Pour ce qui est des deux médailles avec COPIA, il les faut mettre parmi les incertaines, et je les crois frappées à Valence en Espagne. Je ne les ai point vues, ainsi je supplie de m’en aussi envoyer les colles. XIII. La petite médaille d’argent de la famille Cestia ou Junia est fort jolie, et je l’ai point. Après avoir achevé ma réponse sur tous les articles et médailles, je supplie V. A. pour conclusion de m’en envoyer les copies en colle de poisson, lesquelles peuvent être faites plus facilement que les dessins, qui ne sont pas trop bien faits et coûtent de l’argent pour les faire faire, au lieu que V. A. peut faire faire les colles par un de ses laquais sans aucune dépense. Dans mon Spécimen la manière est fort exactement décrite mais afin que V. A. le puisse encore mieux commander, je ferai écrire, comme je les fais faire moi-même. On coupe de la colle de poisson en très petits morceaux, les met dans une écuelle, et l’on jette par dessus de l’eau commune, en sorte qu’elle passe environ d’un doigt plus ou moins selon la quantité de la colle que l’on veut faire tremper. Ensuite on met l’écuelle sur un réchaud commun, et on laisse cuire fort lentement et à très peu de charbon jusqu’à ce que l’eau soit devenue gluante, ce que l’on peut savoir en y mettant le bout du doigt. Outre cela il faut toujours remuer avec une cuillère, ôter quelquefois l’écume blanche, et quand l’eau commence à trop bouillir, il faut l’empêcher en ôtant quelques charbons. La colle étant ainsi faite, il la faut laisser refroidir tant soit peu, en sorte qu’elle devienne tiède, après quoi on en prend avec un couteau à l’Anglaise sans pointe, et on en couvre les médailles rangées sur un papier, mais subtilement, afin que la colle ne puisse pas découler en bas. Si les médailles sont petites, il faut mettre la colle de l’épaisseur environ d’un dos de couteau, et si elles sont plus grandes, on y mettra davantage, afin qu’en séchant la copie devienne assez forte, et si la médaille a dans quelques endroits des hauts reliefs, il n’y aura qu’à laisser coaguler la colle, et puis couvrir les hauteur, qui n’en ont pas assez. Cela étant fait, il faut mettre les sècher à l’ombre, et les empreintes se feront de soi-même dans un jour ou deux après quoi elles s’ôteront de soi-même, ou bien il n’y a qu’à les piquer et faire sauter avec la pointe d’une aiguille. Voilà tout le mystère, et quand un côté est fait, il n’y a qu’à faire l’autre tout de même, et mettre ensemble dans un petit papier les deux colles d’une médaille, ou bien les marquer subtilment avec de l’encre et une plume fine, afin que l’on puisse connaître et discerner lesquelles appartiennent ensemble. De cette manière on en pourra envoyer cent ou deux cents dans une lettre sans qu’elles pèsent plus d’une once, et il n’y a rien de si simple et de si commode. Car quand on l’a vu faire une fois, on sera maître. J’attends avec impatience une réponse de V. A. sur ma lettre pour savoir si j’aurai le bonheur de plaire, et conserver les bonnes grâces, à quoi je tâcherai de réussir par tout ce qui est dans mon pouvoir, n’ayant d’autre dessin que d’être toute ma vie, de votre Altesse, le très humble et très obéissant serviteur. A. Morell P.S. Je supplie V. A. de me mander en quel état soit le cabinet de médailles de Ruzini, car feu Mr Patin m’a dit qu’il y avait des choses incomparables, et je sais qu’un autre en a offert 3000 pistoles, et serait passé jusqu’à 4000. Monsignor (Sorlesini ?) avait aussi une très belle collection et j’en ai plus de 300 dessins, tous de médailles grecques et rares» (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 58-64, [en ligne sur Gallica]).
-Lettre du 24 mai 1702 (d’Arnstatt) : « Ayant fait suivre la réponse susdite, et étant sur le point de cacheter la lettre, je reçois avec une grande joie la très obligeante réponse en même temps et la remercie très humblement d’avoir bien voulu me faire cette grâce, et je la supplie de ne pas trouver mauvais que je fasse une réflexion sur ces mots : j’aime votre mérite à la folie, elle consistera en me donnant des louanges à perte de vue, que je ne mérite pas, et qui ne sont qu’un excès de bienveillance, sans un être effectif. J’ai lu avec tristesse le malheur arrivé à V. A. à la cour de Vienne, et suis bien aise d’apprendre en même temps qu’elle ait été déclarée innocente au plus sévère tribunal, après quel jugement il est inutile d’avoir d’autres sentiments. Pour moi je n’ai rien su, que quelque peu, que les gazettes publient, et n’ai jamais pu comprendre qu’un ambassadeur d’une couronne ait pu faire ce qu’on y disait être arrivé au Comte de Halevoit, lequel était sorti d’une famille suisse. La maison originaire subsiste encore, et n’est éloignée du vieux château d’Habsbourg que de cinq lieues. On trouve même, qu’un de Halevoit a épousé une de Habsbourg(origine de la maison d’Autriche) et ils sont été très grands seigneurs depuis beaucoup de siècles. Il y a même apparence que cette maison soit établie pendant que la langue latine subsistait encore dans le pays, car ils ont des ailes dans leurs armes, et le château se nommait alae villa. Je souhaite que V. A. puisse retourner bientôt en Portugal avec une entière satisfaction. Pour venir aux médailles, je trouve que le médaillon d’argent d’Auguste frappé in Creta est très considérable, et il est différent des deux autres que j’ai fait graver, et j’en envoie la copie, mais comme je n’ai pas encore assez fait imprimer mes planches, j’ai été obligé de les faire trans-dessiner par mon écrivain, quoique pitoyablement. Le Tibère, où il y a C. CASTRICIO REGVLO semble avoir souffert une restitution, ce qui se pourra juger par la colle de poisson. Les deux autres familles PROCILIA et CONCORDIA sont très jolies, et je ne les ai point et quand j’aurai reçu les colles je les ferai dessiner en publiant dans mon ouvrage tout ce que j’ai reçu par la bonté de V. A. A ce propos je suis obligé de dire que la colle de poisson gache quelquefois les médailles d’argent en ôtant une petite pellicule noirâtre ; c’est pourquoi il ne faut pas trop hasarder, et quand on a peur de cela, il n’y a qu’à prendre les médailles, mouiller un morceau de papier fin, mettre la médaille dedans, et envelopper encore deux ou trois fois dans le même papier avec le reste qui n’aura pas été mouillé, après quoi il n’y a qu’à frotter avec quelque petit bois, ou manche de canif jusqu’à ce que la médaille soit bien imprimée dans le papier, laisser sècher, et cette manière pourra aussi servir pour discerner et connaître la médaille, et en cas qu’un endroit soit frustre, et ne puisse pas être bien imprimé, il n’y a qu’à y (souvenir ?) avec une plume fine pour connaître le tout. Tout ce que V. A. écrit touchant les centaures de la famille AVRELIA (incal ?) d’une source si savante, que personne ne pourrait chercher dans un grand Prince. Je l’enverrai à Mr Cuperus lui-même, lequel en sera ravi, et je puis assurer que c’est une personne d’un mérite incomparable, tant pour la science que les ( ?) d’Etat. Il y a cinq années que j’ai eu l’honneur de la voir à Deventer, et en ai été reçu le plus obligeamment du monde, et il a une grande quantité de très belles médailles. Le bonhomme MITREIVS a eu le malheur de forger occasion à une pensée à quoi je ne songeais pas. Ensuite, on raille les maîtres d’école qu’ils font entrer la gazette aux enfants par le derrière en les fouettant cum vergas ( ?)lacea, et autre manière est Dieu merci extrêmement ( ?). Je serais aussi fâché si le pauvre Dr Bon était un docteur ( ?), ainsi on ne pourra pas dire de lui qu’il soit un deponens, puisqu’il a ( ?). Cependant St Paul nous a déjà enseignés que les Candiols (nb: habitants de Candie) ne valent pas grand-chose. J’ai bien reconnu que le Dr Bon était un homme ( ?) intéressé, car il m’a envoyé un catalogue de médailles d’argent avec des demandes si ridicules que je n’ai pas voulu y faire réponse ; et pour sa ( ?) et connaissance de médailles, elle n’a été admirée d’aucuns qui le connaissent, et que j’ai parlé. Monsieur le Comte de Schwartsbourg a lu avec un extrême contentement l’endroit où V. A. m’a commandé de l’assurer de ses respects. Et il m’a ordonné exprès de faire de sa part les réciproques, et d’assurer V. A. qu’il voudrait bien avoir l’honneur de sa connaissance avec offre de tous ses services. A cette occasion, j’avertis V. A. que Mr le Chev. Fountaine m’a écrit de Rome qu’il y a vu à Padoue les médailles du Sr Torta, mais comme il n’a pu le faire résoudre à une vente, V. A. avait promis d’entreprendre la même chose, et faire persuader ledit Sr Torta à vouloir laisser, et peut-être vendre ses médailles, mais s’il y a de si grandes difficultés et s’il croit d’extorquer par là un prix déraisonnable il n’aura peut-être rien à faire. Car Monsieur le Comte aime bien à payer raisonnablement ce qu’il désire, mais de pousser les choses jusqu’au ridicule, ce ne serait pas son fait. Cependant on serait bien aise d’avoir un catalogue de ces médailles avec une sûre information si elles sont véritablement antiques, et hors de crainte de moulées ou décorées modernes. Il m’a aussi chargé de faire ses remerciements là-dessus à V. A. et la prier d’écrire son sentiment, et s’il n’y aurait pas moyen d’avoir quelques autres médailles d’or qui soient rares, car une telle suite fait un honneur véritable et est digne d’un grand seigneur. Le temps m’oblige à finir, et je confirme les assurances de la susdite subscription. Les libraires d’Amsterdam ont dit à la foire de Leipzig, que l’impression des inscriptions de Gruterus ne se continue pas. En fermant cette lettre il me vient dans la pensée ce qui suit : AVRELIA Gens ex Sabinis orta fuit et prius AVSELIA dicta. Sextus Pompeius quidem a Sole dictam putat quod publice ei a P. R. datus locus sid, in quo faena Soli fierend, et si prior nominatis non resisteret, conficere possemus Aureliae nomen compositum esse ex Graeca lingua, Aura, vel ventus levior, sive AURA, Solis, EILIOS, quasi aura Solis, vel expiratio ex humido prodrens, quam Sol attraxit. Pour ce qui est de la famille LAETITIA, elle se trouve dans Cicéron, qui parle d’un Laetitius tabellanus Verris, mais je ne saurais accorder la tête d’Auguste avec Ptolémée, car il n’y en avait plus en Egypte et Ptolémée fils de Juba ne régnait pas encore. Patin a publié cette médaille dans son livre du moyen bronze. Celle de Juba devrait être parmi les incertaines, mais comme la terminaison du nom du IIvir est aussi … LIVS, j’ai mis les deux rois, père et fils ensemble. Un moment avant que d’envoyer à la poste, je reçois la lettre de V. A. du 13 mai, et je n’y puis répondre ; voici cependant comme j’ai fait graver le médaillon de Tibère, et le revers je connais distinctement hormis le I qui ne se peut voir dans ma colle. Pour les autres dessins, il faut que j’ai les colles – Le Dr Bon est ridicule dans sa dissertation » (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 65-67 [en ligne sur Gallica] ; Callataÿ 2015, p. 312, II.7).
-Lettre du 15 juin 1702 (d’Arnstatt) :« Je n’ai pu répondre à la dernière lettre de V. A., parce qu’elle n’est venue que dans le moment, que je fermais les miennes : du depuis j’ai un peu examiné la dissertation de Mr le Dr Bon, et ce qu’il a plu à V. A. d’écrire sur ce point, et explication du médaillon de Tibère. Quoique le tout soit bien raisonné, je n’y saurais pourtant pas trouver une conviction indubitable, et la supplie très humblement à considérer les raisons suivantes. I. Premièrement l’opinion de Mr le Dr Bon ne peut être approuvée tant pour la véritable lecture de la médaille, que pour le nom COLONIA PRIMA IVNONIA de Carthage, parce qu’il se lit distinctement PERMIS. P. CORNELI . DOLABELLAE. PROCOS. CP. CAS DD. Et le C. L. GAVIO CAS. N’y peut pas être, et si ces lettres s’y lisaient, ce serait une marque assurée, que le médaillon de Corraro a été mal réparé par une main moderne. Pour la nomination de Carthage, il me semble qu’on la peut aussi appeler PRIMA IVNONIA, que l’incomparable Venise PRIMA MARCIANA, et les dénominations des Panégyristes et poètes n’entrent pas dans les monuments publics ; cependant on a obligation à Mr le Dr Bon d’avoir trouvé le I après C.P. car sur le médaillon, dont je possède la colle, et qui est présentement à Berlin, on ne le saurait apercevoir. II. Cornelius Dolabella a été nommé au proconsulat d’Afrique A.V.C. 776 et il finit la guerre avec Tarsasinas l’année suivante pendant lequel temps Tibère était IMP. VIII. COS. III ainsi on ne peut douter que ce médaillon ne soit frappé en cette province, et la médaille de Drusus rapportée par Vaillant confirme lamême chose, puisqu’il s’y trouve ( ?)le procos. d’Afrique avec la tête du même Mercure. III. Ce médaillon ne peut être frappé dans la Dalmatie ou COLONIA PIETAS IVLIA parce que Dolabella n’y était que LEG. PROPR. et non Pro Cos. dans un temps que Tibère n’était pas encore COS. IIII. Il n’a pu être frappé in Lusitania, où était COLONIA PAX IVLIA, parce que cette province ne dépendait pas de l’Afrique, et avait dans le même temps un autre proconsul Q. Vibius Serenas, et l’inscription que cite Wolfg. Lazius n’appartient pas à ce P. Cornelius Dolabella, mais à son grand-père L. Cornelius Dolabella, lequel triompha A.V.C. 655 ex Hispania ulteriore de Lusitania, comme marque fort bien Pighius Tom. III et il ne faut pas s’étonner de la longueur du temps, car ces Dolabella ont sans doute vécu jusqu’à un grand âge, et le dernier P. Cornelius Dolabella a été consul A.V.C. 763 et pourtant il a encore vécu A.V.C. 800 à ce que dit Tacitus. IV. Je n’ai pas le Lexicon Geograph. de Ferrarius ou de Baudrand ( ?), et n’ai rien pu trouver de COLONIA PONTEZITA, pour apprendre si elle était assez considérable pour faire battre de la monnaie. Cependant il y a beaucoup de vraisemblance, que ce médaillon de Tibère y a été frappé, si on ne peut trouver autre colonie pour cela. S’il était permis de simplement deviner, on pourrait lire COLONIA PRIMA IVLIA, parce que Carthage est la première colonie que Jules César a établi, et peut-être que cela a été sa première dénomination ; il est cependant vrai que cela peut être trouvé ridicule parce que Carthage et Corinthe ont été établies en même temps, et que du temps d’Auguste cette colonie portait d’autres noms. Pour le reste de l’inscription CPCASSD, je confesse mon ignorance et n’en sais que dire. Voici deux inscriptions de Gruterus, que j’ai fait copier puisque V. A. n’a pas ce livre :
Repertum in PhysicaEpidauro ad Sardi
Montis indices,prope Saeclum D. Thomae
Anno 1547 ubi et fragmenta caput
Statuae repertum
P. CORNELIO
DOLABELLAE. COS
VII. VIRO EPVLON
SODALI TITIENSI
LEG. PROPR. DIVI AVGVSTI
ET TI. CAESARIS AVGVSTI
CIVITATIS. SVPERIORIS
PROVINCIAE. HILLYRICI
In Lusitaniea civitate Paixa, cippusin foro
L. AELIO. AVRELIO
COMMODO
IMP. CAES. AELI. HA
DRIANI. ANTONI
NI. AVG.PII.P.P. FILIO
COL. PAX IVLIA
D. D.
Q. PETRONIO.MATERNO
C.IVLIO IVLIANO
II. VIR
Bexae civitate Lusitaniae, ultra portam
Maurrensem ( ?), litera Bessali
CVRIAE. PONT.
FLAM. PACIS IVLIAE
VE. FLAM
J’ai envoyé à Mr Spanheim et Cuperus la copie de la dissertation de Mr le Dr Bon avec les sentiments de V. A. et verrai ce qu’ils me répondent. Voici encore un autre fragment d’inscription, et cela fair remarquer que par la prononciation vulgaire du pays le P. a été changé en B. et l’A. en E. touchant la ville de Bexa. Cela me fait souvenir de deux observations que j’ai fait par les médailles sur les prononciations. Il se trouve des médailles d’Auguste, où au lieu d’EMERITA il y a distinctement IMIRITA et IIMIIRITA, lequel changement provient sans doute de la langue espagnole,et je crois que l’E dans ce temps là se prononçait comme IE, et de semblables exemples se trouvent aussi dans les inscriptions dont il y a un mémorable exemple dans Gruterus, p. 741 D.M.I.M. VA IIRIANVS C. SIIXTILIO TIIRIIO O. PATRI. IIT. SIIXTIIVS VIIRVS P. BIINII MIIRIINTI. L’autre observation est sur les médailles de la famille POMPONIA, sur quoi j’ai écrit à un ami ce qui suit : Observavi in numis huius familiae, quod V in MVSA semper sic exprimatur V, annon inde conjicere licet, aliquem lateri vel denotari pronunciationem singularem, de qua re inde Gruterum pag. IX ubi notatur M. AVRELVS VRSVLVS et ( ?) omne dubium leg. debet :M. AVRELIVS, et lincola citerne L. imposita, literam I. significat, et L. sequitur, quibus observatis nascitum conjectura, in numis gentis Pomponiae propter impositam lineatam in voce MVSA, pronunciam debet Muisa, nam Miusa, non quadrat quia I. litera per lineolam notata in nomine M. Aur. Ursuli literam L sequitur ; idem videtur accidere pag. X ubit legitur : I. O. M. E. SALVT CELEAN et impositum I. necessario sequitur literam T seq. Quoddam dubiam praebet sequens vox, an nempe legi debeat CELEIAN vel CELLAIN. Quamis neatum intelligam ; quod pronunciatiorem votis MVSA, credo quod sien debeat, quasi Müsa, cum quidam augmentatione vel diminutione, nam dielecti variant. Pendant que j’écris cette lettre, je trouve dans Gruterus une inscription pag. 605, laquelle peut servir à cette observationsur MVSA : L. ACILI. EROTIS. ET / CISVITIAE MVSAE / OSSA. IN. VNO In alia inscriptione apud Gruterum p. 609, talis lineloa omnia verba feri sequitur sic Arn plurimis aliis. A cette question faite à cet ami il y en aurait encore quelques autres, que je prends la liberté d’ajouter ici. ACCOLEIA. Non fine ratione dubitatum, an in aversa parti nummi familiae hujus cognomen Lasifolus cognomen attribui debeat, vel peti a Laneibus, quia dicendum esset Lariciolus : forsan ergo metias reducitur a quodam qui Lares coluit, et forsam Lares huius familiae fuerint Nymphae, et quia haec numina in balneis colebantur, et in nummo caput balneatiois expressum est, forsan tres figurae illae in aversa parte Nymphas indicant, de qua (rie)endus Gruterus p. 93. ANTESTIA. In quibusdam huius familiae nummis cum praenomine C. Occurrit canis, nulli a ratio extat, cum canis addatur ; hinc in mentem venit, canis fuisse praenomen alicujus ex hac familia opera etiam cognomen fuit in aliis. ARRIA. Dubitatur de capite in nummo M. Arrii Secundi. Aversa vero pars hujus nummi explicam pols aucilio inscriptionum Gruteri pag. 390 et 1080, et inde encit ( ?) conjectura mea denotavi dona militaria. Vid Gruter p. 365 ubi de laio Arrio. AXIA. An vox NASO in tertio nummo huius familiae nocte, illam indicet, quaeritur, nam Harduino non satis emuncto naso ex hoc Naso vel Nasone efevit ( ?) exsulam Naxum, sed hoc non solum esse huius lepidia miraculum, nam in libro de nummis antiquis Popul. et Urbium p. 340 exlitens numeralibus potuit aedificare duas urbes, et pag. 249. Ex iisdem literis creavit Provinciam integram, plurimisque nummis addit solitum QVEM VEDIMVS, qui tamen nummis nunquam in rerumantura fuereunt, ut ex talibus ( ?) leo noscatur.MAECILIA. Quia in Grutero pag. 838 sid mentio cujusdem Naevij Asiliani, conjeri salem aliquem etiam extare in nummis gentis Maeciliae, de qua re jam scripsi Dno Gallando, sed ille non probavit, eroganda ergis est aliorum doctissimorum sententia. Reste à dire quelque chose sur les dessins que V. A. m’a fait la grâce d’envoyer. Le premier porte les mêmes noms, que les médailles de la famille Caecilia Tab. III, n° 1, 2, 3 et qui entrent aussi dans d’autres familles. Mais le très illustre ANT. CAPELLO me pardonnera si avec l’assurance de mes très humbles respects je doute de l’antiquité de son médaillon d’argent, et je crois qu’il est antique, mais fait à plaisir d’un côté par un ouvrier de notre temps. J’ai écrit àMr le Chevalier Fontaine pour avoir le quinaire de la famille Considia, et il m’écrit de Rome, qu’il n’a pu aller à Naples, à cause de la déclaration de la guerre. Pour les autres, je n’en puis dire autre chose, que je supplie V. A. très humblement de m’en envoyer les colles, pour en pouvoir juger avec plus de certitude. Au reste je suis et serai toujours avec un profond respect, de Votre Altesse, le très humble et très obéissant serviteur » (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 85-93 [en ligne sur Gallica] ; Callataÿ 2015, p. 313, II.9).
-Lettre du 18 oct. 1702 (d’Arnstatt) :« En vérité je ne sais si je dois faire des reproches ou remerciements à V. A. pour les médailles qu’elle m’a envoyé, et que je renvoie présentement. Quand je songe au risque et péril que ces bijoux ont essuyé, je tremble encore pour le retour,et ne puis m’empêcher de dire à V. A. qu’elle a été un peu téméraire en hasardant ce petit trésor ; mais quand je considère que cela ne s’est fait que par un excès de bienveillance envers moi, je suis empêché, et ne saurais trouver des mots, qui puissent exprimer la gratitude, laquelle mon cœur me dicte ; ainsi je confesse ma faiblesse en ne pouvant faire assez de remerciements ; je suis obligé pour cela incomparablement, et remercie V. A. de tout mon pouvoir, et la supplie de ne point épargner par tout ce que je pourrais faire pour leur service, et souhaite l’occasion de pouvoir montrer un échantillon de ma sincère reconnaissance, par mes très humbles obéissances. On peut appeler cette action une grande générosité, et comme cette vertu vient d’une grande cervelle, il ne faut pas étonner, qu’un Prince portugais soit extrêmement généreux, car le Royaume de Portugal fait la cervelle de toute l’Europe, et si nous considérons sa figure dans une carte géographique, l’Espagne en fait la tête, laquelle est présentement en danger de perdre la cervelle, si elle perd le Portugal. Pour revenir aux médailles mêmes, je demande pardon à V. A. de ce que je n’ai pas voulu croire, que ces merveilles fussent antiques, car j’ai vu le contraire, hormis N° 13, 33, 37, qui pourraient bien être moulées après d’autres antiques. J’ai remis ces médailles, chacune dans le papier écrit par V. A. et ai ajouté quelques petites observations, lesquelles je supplie de vouloir prendre en bonne part, et dirai encore quelques mots sur quelques-unes. N° 4. Je ne sais que dire de cette rarissime médaille car je crois qu’on y doit lire C. BAEBIO TAMPHILO, cependant on ne le peut trouver. N° 16. Cette médaille de Tibère est d’une grande conséquence, et j’ai été ravi de la voir, pour RVSTICELIVS, on lit cela distinctement, et c’est dommage, que les premières lettres soient effacées. N° 22. Je ne saurais lire le cognomen dans ce quinaire. N° 27. On lit distinctement C. VRMIVS, et je ne puis comprendre cela. N° 33. V. A. rira sans doute de ma conjecture sur cette médaille, mais je confesse que je ne l’approuve moi-même, et je ne l’ai mise que pour donner matière à une plus exacte recherche. N° 54. J’estime cette médaille fort singulière. PORTVS s’y voit clairement, et dans les médailles de Patras on ne voit point le nom de II. VIR, car c’était la résidence du suprême magistrat. V. A. jugera du reste de ma conjecture, et si cela ne plaît pas, je la condamnerai moi-même. N° 59 et 64. De ces médailles arabes j’ai vu quantité, et il y en a plusieurs dans le cabinet de monseigneur le Comte. Si V. A. ne s’en souciait pas beaucoup, on serait bien aise de les avoir, pour les joindre aux autres. Il y eu sur ces médailles arabes des lettres et un langage, que les savants appellent Coffi, et il est présentement inconnu aux Arabes modernes. Pour moi, je ne l’entends point, mais Monsieur de Court, neveu de Mr Saumaise, et ci-devant précepteur de Monseigneur le Duc de Maine les lisait, et entendait fort bien, et j’ai eu un grand plaisir de l’entendre là-dessus, quand je lui en faisais quelque dessin, et si les écrits qu’il a fait là-desus sont perdus, c’est un malheur considérable pour les curieux, car je ne crois pas, qu’il s’élève encore un homme si savant. N° 66. J’ai été fort surpris de voir cette médaille de Polémon, et confesse franchement que je ne saurais rien dire là-dessus. V. A. commence sa lettre par un mépris de la colle de poisson, et moi je l’estime extraordinairement, parce que sans beaucoup de dépense je puis amasser les colles de médailles, lesquelles me servent autant que les originaux. J’ai envoyé ci-joint six petits paquets de colles pour les voir, et supplie V. A. de me les renvoyer, car je ne m’en saurais passer, et ce sont mes archives métalliques. J’y ai ajouté la colle du médaillon de Tibère, comme il est à Berlin, et V. A. pourra voir, s’il est conforme à celui de Venise. Pour faire voir, que je voudrais bien montrer quelque reconnaissance, et pour plus grande sûreté du retour des médailles à Venise, j’ai trouvé à propos de les faire accompagner d’un ours espagnol, qui a donné lieu pour la dénomination d’Ossuna ( ?). Je supplie V. A. de mettre cette médaille parmi les leurs en mémoire de moi, qui voudrais bien faire autre chose. Mons. Le Chevalier de la Fontaine est revenu de Nuremberg, de là il est allé à Prague avec le Comte de Portland, et il m’a fait espérer qu’il reviendrait par Leipzig, et ferait tout son possible de passer par Arnstatt. La lettre contre Mr Galland paraîtra sous l’adresse dudit Mr le Chev. de la Fontaine, puisque Mr le D. J. l’a bien voulu permettre après avoir trouvé quelque obstacle de son côté, mais j’y ai fait plusieurs petits changements. Je demande pardon à V. A. de ce que j’ai retenu si longtemps ces médailles, mais j’ai été indisposé quelque temps, et incapable de travailler beaucoup à cause de mes faiblesses. Outre cela, j’ai été si amoureux de ces médailles que si je l’avais été à un si haut degré d’une belle fille dans ma jeunesse, je me serais peut-être résolu à un rapt : présentément pourtant je je n’y ai pas songé, car les devoirs d’un honnête homme sont en moi plus invincibles, que le plus grand empereur. J’ai ajouté encore quelques dessins après mes gravures, quoiqu’elles soient mal faites, car je n’ai présentement aucun dessinateur ou graveur qui aient pu faire de bons dessins, et n’ai pas eu des estampes tirées de mes planches ; ces dessins ont été transdessinez par mon écrivain, qui ne l’a jamais pratiqué. Il me semble présentement, que j’ai encore beaucoup de choses à écrire à V. A. mais la mémoire ne veut pas m’obéir, hormis qu’elle me dit toujours, que je n’ai pas assez remercié V. A. me trouvant donc dans une grande impuissance, je ne saurais dire autre chose, sinon que je serai toute ma vie de Votre Altesse, Monseigneur le Prince, le très humble et très obéissant serviteur. A. Morell» (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 150-156 [en ligne sur Gallica] ; Callataÿ 2015, p. 313, II.12).
-Lettre du 5 jan. 1703 (réponses à des lettres du 22 novembre et du 15 décembre 1702) : « Monseigneur le Prince, Je dois réponse à trois lettres de V. A. du 10 et 22 novembre et 15 décembre 1702 auxquelles je répondrai comme un procureur, c’est-à-dire par articles, suivant leur contenu, après avoir souhaité à V. A. une heureuse nouvelle année avec une suite de plusieurs autres aussi nombreuse, que la plus belle suite de médailles. Je suis assuré qu’on ne trouvera dans le monde pas trois personnes, qui puissent égaler V. A. pour la véritable connaissance de l’antique. M. Vaillant a été lui-même la dupe des antiquaires d’Italie, entre lesquels Cameli a été un des plus habiles pour faussement réparer les médailles. Je n’en citerai qu’un exemple. Dans le cabinet de la R. Christine il y a une médaille avec la tête de M. Antoine, laquelle devrait avoir pour inscription : P. AEBVTIO. C. PINNIO II. VIR. mais comme elle était fruste, Cameli l’a réparée et y a mis : P. ALITIO. L. MENIO. II. VIR. et pourtant Mr Vaillant n’a pas laissé de la publier pour bonne et antique, dans les Colonies, et je sais encore beaucoup de ses semblables faiblesses et bévues ; mais je les réserve pour quelque épître contre les attaques suivantes dudit Vaillant ou M. Galland, duquel il se sert comme le singe du chat pour tirer les marrons du feu. Pendant que j’ai été dans le service du Roi de France, on envoya de Rome un catalogue de quantité de médailles surprenantes d’un Marquis Liberi, si je me souviens bien, lesquelles sont toutes fausses, si bien faites, que le plus habile y aurait pu être trompé. On envoya aussi quelques médailles semblables de Venise, entre autres AE un Britannicus, un Othon, un Pescennius Niger, et autres, mais fausses, si bien travaillées, que j’étais étonné, comme de si habiles gens pouvaient se résoudre à être faussaires. Je suis dans une tristesse et chagrin, jusqu’à ce que les médailles de V. A. soient de retour, et je voudrais, que l’Electeur de Bavière soit au plus tôt réduit pour la sûreté publique. Je n’aurais jamais pu croire, que V. A. eût tant de bonté et estime pour moi, que de risquer un si rare trésor : il sera plus sûr et à propos d’envoyer des colles de poisson, afin que les originaux soient hors de danger. Monsieur le Chevalier Fountaine a fait imprimer ma lettre contre Mr Galland, et il m’a écrit qu’il avait envoyé des exemplaires à V. A. Mr Leibniz, homme incomparable pour l’honnêteté et l’érudition en a ôté tout le piquant, et quasi plus que Mr Galland méritait. J’en suis pourtant bien aise, parce que les malicieux ne pourront pas m’accuser d’avoir été bilieux. J’espère qu’on pourra bien voir, que la raison n’est pas du côté de celle de Mr Galland, lequel je croyais plus habile, car si l’on considère seulement ce qu’il dit de la médaille de la famille ACILIA, il ne se peut rien trouver de si absurde et pitoyable. Au reste, c’est un fort bonhomme, qui n’a point étudié régulièrement, car il a été fragile laquais ; mais par une bonne conduite et diligence, il s’est poussé fort honnêtement ensuite. Il a été à Constantinople avec Mr de Nointel ambassadeur de France, où il a appris beaucoup de langues orientales avec le grec littéral et vulgaire, après cela il a fait plusieurs voyages par le Levant pour acheter des médailles pour le cabinet du Roi, et à la fin étant revenu en France, sans avoir gagné beaucoup, et n’ayant pas d’emploi, il s’est mis chez Mr l’Intendant Foucault. Si V. A. me voulait envoyer la colle de la médaille de Néron, avec TIB. CLAVD. ANAXILAO. II. VIR. COR. cela me réjouirait. J’ai montré à Monseigneur le Comte de Schwartzbourg ce que V. A. écrit des médailles arabes, sur quoi il m’a commandé de faire la diffus des remerciements nécessaires à V. A., et qu’il se recommande avec offre de tous les services réciproques. Il prie néanmoins demettre prix aux médailles, comme on fera aussi quand on trouvera quelque chose digne d’être offert à V. A. Il semble que V. A. insinue d’avoir été malheureux dans la chimie, sur quoi je dis, que j’ai été attaqué de la même maladie, et ai perdu par les souffleurs plus de trois mille sous pendant que j’ai été en France. Monseigneur le Comte de Schwartzbourg y fait aussi de continuelles dépenses, mais avec jugement, et cette précaution de n’y faire point d’excès, mais quand il vient quelqu’un avec des offres et promesses de montagnes d’or, il n’en peut tirer que la subsistance pendant le temps nécessaire pour un essai, et après qu’on a reconnu la fausseté, le souffleur est obligé d’aller chercher fortune ailleurs. Il y a présentement un Suédois en arrêt ici, son camarade est mort il y a quelques mois, lequel a dit qu’il avait été plusieurs années à Venise, où on l’avait tenu comme prisonnier dans l’arsenal et forcé à travailler, et qu’on y avait des réalités après cela qu’il a pu échapper commepar un miracle, et a servi les Hollandais dans leurs mines aux Indes orientales. Pour le Suédois, il dit qu’il a été plusieurs années auprès de la Reine Christine à Rome, jusqu’à sa mort. Ces deux hommes ont été reçus ici sous les offres et promesses, qu’ils montreraient une manière par laquelle on pouvait tirer un tiers davantage des mines de cuivre dans les terres de Schwartzbourg, mais au bout de beaucoup de temps, et de dépenses, on a vu que ces souffleurs étaient des sots. Il y a pourtant un antre à vingt lieues d’ici, qui peut tirer une demi-once d’or d’une livre de cuivre, mais c’est un grand et furieux travail qui se fait par vitrification. Pour moi je crois qu’il y a de secrets véritables, et une tinture nouvelle, mais ceux qui la possèdent ne sont pas si fous, que d’en parler, et Dieu ne permet pas qu’un indigne l’attrape. La médaille d’or avec ΘΕΩΝ ΦΙΛΑΔΕΛΦΩN est ici fort belle. Si les deux autres, qu’on a volées à V. A., savoir Antoninus Pius en or avec le revers d’Enée, qui porte Anchise, tenant Ascanius par la main ; Galba restitué par Trajan était encore en Elle, on se recommanderait extraordinairement à V. A. pour les acheter, car elles sont fort rares, et je plains V. A. pour ce malheur. V. A. n’a pas besoin de me commander à faire mention d’elle dans mon ouvrage, car cela n’est pas seulement un très humble devoir de mon côté, mais je tiens cela pour le plus grand honneur de le pouvoir et oser faire. Si j’avais cru ma lettre contre Galland digne d’être écrite à V. A., je l’aurais déjà fait, mais ce n’est qu’une bagatelle. Pourtant si V. A. a la grande bonté pour moi de le permettre, je le ferai dans la première semblable occasion et l’enverrai avant l’impression à V. A. afin qu’elle me puisse commander ce qui sera nécessaire. Je voudrais que mon livre fut déjà imprimé pour avoir l’honneur d’en envoyer gratis six exemplaires à V. A. Cependant je ne puis avancer jusqu’à ce que celui de M. Vaillant soit publié, parce que les libraires Hughetans voudraient bien faire copier mes planches, car les leurs que j’ai vu, sont si pitoyables, que l’on en a pitié, et la première médaille publiée par Vaillant, est une pure fiction, et le tout pauvrement copié après Patin. Ainsi nous n’en pouvons pas espérer grandes merveilles. Je n’ai qu’un exemplaire de mon Spécimen, et les ai tous donné à mes amis, après en avoir eu un nombre du libraire, Mr Fritsch à Leipzig, auquel j’ai laissé tout le reste gratis sans lui demander quelque autre profit. Je crois qu’il en aura encore dans sa boutique. V. A. mande de la distinguer de ses frères, cela me fait souvenir de deux choses. Dans les gazettes j’ai lu qu’un prince de Brabançon avait amassé des troupes pour défendre les côtes de Galice après l’action passée à Vigos ; cela me fait croire que c’est un des frères de V. A. ainsi il faut de nécessité que leur sérénissime maison ait des terres en Espagne et en Portugal. J’ai aussi lu dans les gazettes il y a quelques semaines, qu’un Prince de Ligne était arrivé à Paris, et avait été bien reçu du Roi à Versailles. Je ne saurais deviner qui cela peut être, car je crois qu’il n’y pas deux frères, qui portent le même nom. Je remercie V. A. de m’avoir renvoyé mes colles de poisson, et quoique ce soient de fragiles richesses, je les estime considérablement, car elles me servent autant que les originaux. J’ai amassé toutes lescolles des médailles d’or, et les ai appliquées sur des planches de papier, et donc cela fait un très bel effet, et est si agréable à voir, comme un cabinet de médailles d’or. La tête et le revers sont ensemble l’un sur l’autre. Lorsque j’ai eu l’honneur de parler à l’Electeur de Brandebourg, je lui ai montré ce livre, et il l’a admiré comme aussi plusieurs autres Ducs et princes. S. A. de Wolfenbuttel me dit qu’Elle aimerait mieux une semblable collection de copies, que de dépenser tant d’argent pour amasser les originaux, puisqu’on en a la même utilité. Touchant le médaillon de Tibère, j’ai écrit à M. le Chev. Fountaine de bien examiner celui de Berlin, et nous saurons s’il est semblable à celui de Venise. Je ne sais si l’on aurait raison de croire que les lettres C.P.I. pourraient s’expliquer Clapea Prima Italia, puisque cette ville était sur le promontoire de Meroure ( ?), et son état déjà du temps de la guerre punique. Or il se peut, qu’elle est fort agrandie après la destruction de Carthage, et elle a été la plus grande ville de ce côté-là, lorsque Jules César battit ses ennemis en Afrique. Ainsi l’on peut croire qu’il leur a fait quelque bien : or comme ce même empereur a donné ces ordres pour rétablir Carthage, laquelle a pris les noms de Colonia Juilia Nova, Carthago, il se peut faire, que ceux de Clupée ont été jaloux de l’honneur arrivé à leurs voisins, c’est pourquoi ils peuvent avoir pris les titres de Prima Julia, pour marquer, qu’ils ont été les premiers dans les bonnes grâces de Jules César et ont mis un seul C. pour signifier que leur ville n’est pas seulement une colonie remplie de nouvelles canailles, mais une ville qui s’est soutenue de soi-même depuis plusieurs siècles. Cela ne sont que de pauvres conjectures et si on ne les veut croire, cela se pourra faire sans courrir le blâme d’être appelé incrédule, ou hérétique en matière de médailles. J’ai appris avec bien de chagrin les coups de bâton, que le Dr Bon a reçu sans avoir été créé Chevalier ou Maréchal, et c’est un récipe fort sensible, si l’on n’a pas le moyen de se guérir. Les médailles des rois de Syrie et d’Asie et autres semblables sont si rares, qu’il ne s’en trouve pas facilement des doubles, surtout en ce pays-ci ; cependant s’il y a quelque rencontre tout sera au service de V. A. La médaille avec CEΞΣΤΩΝ ΗΡΩΝ est dans le cabinet du Roi à Versailles. Je l’ai aussi vue entre les mains de feu Mr Spon, lequel était mon ami particulier, et d’une intégrité tout-à-fait extraordinaire. Le MITREIVS n’est pas encore gravé, mais s’il plaît à Dieu, il le sera avec les autres médailles nouvelles reçues de V. A. et si l’ouvrage de M. Vaillant tarde longtemps, j’en ferai une dissertation à part. En voilà assez » (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 157-165 [en ligne sur Gallica] ; Callataÿ 2015, p. 314, II.15).
-Lettre de 1697 (d’Arnstadt): “Je félicite les curieux de Paris de ravoir un véritable Herculem Musatum, M. de Spanheim, cependant ce grand emploi qu’il a auprès de notre incomparable monarque, nous privera de plusieurs beaux ouvrages qu’il aurait exécutés, et moi en mon particulier j’ai perdu un grand patron à Berlin; ce me serait une espèce de paradis si je pouvais vivre avec lui à Paris et quitter la forêt de Thuringe, sans compter le plaisir de la vie en France, mais j’en perds l’envie quand je songe à la pension de feu M. de Besmaus, que j’ai soutenue trente-quatre mois, ainsi nullum in locum ibo quo me memoria terret (sic). Vive la liberté et le pain cuit” (Paris, Bibliothèque nationale; Ravaisson 1877, p. 142-3). +
-Lettre de 1691 : (Rome, Biblioteca angelica, Manoscritti, ms. 910, Carteggio, cc. 63r-64v; voir Narducci 1893, p. 388-390). +
-Lettre du 15 juin 1701 (d’Arnstadt) : « Monsieur, Il y a si longtemps que je n’ai eu l’honneur de quelques-unes de vos nouvelles, que je n’ai presque osé prendre la liberté de vous écrire, et de vous en demander ; tout cela n’a pas empêché que je n’aie conservé en moi tout le respect, et souvenir de mon très humble devoir envers vous comme mon patron et ami dont le souvenir ne s’éteindra qu’avec le dernier soupir de ma vie. On avait informé Monseigneur le Comte que vous étiez à Vienne pour des affaires considérables, dont j’espère que vous serez de retour, et si cependant vous avez vécu en bonne santé, et parfait contentement je m’en réjouis, et serai bien aise de le savoir. Je prends présentement l’hardiesse de vous demander si vous ne pourriez me faire la grâce d’envoyer un paquet de lettres à Paris ; car j’ai fait imprimer une épître de deux feuilles, dont je serais bien aise de faire tenir une vingtaine d’exemplaires audit Paris ; mais je ne prétends pas que vous fassiez quelque dépense pour cela, et je suis prêt de satisfaire le tout, et ne vous demande autre chose sinon la voie sûre, et immanquable pour l’envoi. Vous suppliant très humblement de me le faire savoir par le premier messager passant à Wolffenbüttel, afin que je puisse chercher une autre voie, en cas que vous ne me puissiez faire cette grâce. Le sujet de mon épître est touchant un tome des consulaires que je suis prêt de faire imprimer comme vous verrez au dos de la présente, et vous supplie de m’en faire savoir vos pensées là-dessus, et vous ne le sauriez faire envers un homme qui soit plus que moi, Monsieur, votre très humble et très obéissant Serviteur. A. Morell. Arnstat le 15 juin 1701 » (LBr. 661 bl. 71 4°. 1 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 140, p. 206-207) +
-Lettre du 28 juin 1701 (d’Arnstadt) : « Je prends la liberté de vous envoyer un exemplaire de l’épître que j’ai fait imprimer, mais le misérable imprimeur d’ici a si mal fait son devoir, que je serai obligé de la faire rimprimer pour la seconde fois. Cependant on pourra voir mon intention, et le contenu, et je vous supplie de m’en écrire votre sentiment, comme aussi d’envoyer l’exemplaire, et la lettre pour son Excellence Monsieur de Spanheim, si vous en avez quelque occasion favorable pour cela, si non, il ne sera pas nécessaire, car je ne prétends aucunement que vous ayez quelque incommodité, et j’attends réponse, si vous pourriez envoyer quelques exemplaires en France. Je suis de toute mon âme… Arnstat le 28 juin 1701 » (LBr. 661 bl. 67 4°. 1 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 159, p. 239). +
-Lettre du 12 juillet 1701 (d’Arnstadt) : « J’ai bien reçu la très chère vôtre du 27 juin et vous remercie humblement de ce que vous avez bien voulu avoir la bonté de me corriger sur la lettre des médailles consulaires, et je trouve que tout est bien corrigé, ainsi je mettrai le tout suivant vos sentiments. J’ai hésité longtemps sur le chapitre de Monsieur Danckelmann, pour faire une juste mention de la bonté qu’il a eu pour moi, et je le voulais nommer, et marquer le tout cum elogio, mais on m’a tellement dit, et persuadé, que cela me pourrait faire des affaires fâcheuses, que j’ai été obligé de changer, mais pourtant je n’ai pu taire entièrement, car je plains extrêmement le malheur de ce grand homme, et conserve toute la vénération que je lui dois. Pour M. de Louvois, il n’en est pas de même, car c’était l’objet de la malédiction publique, mais comme chrétien j’ai une sensible douleur sur sa fin misérable, et si je le pouvais faire revenir en état de récipsiscence avec un temps de Bastille, je le ferais de bon cœur, car il était un homme incomparable, plus que l’on ne saurait dire, mais si cruel et brutal, que cela obscurcit tellement les autres qualités que rien plus ; cependant si l’on distillait tout le Conseil présent du roi de France, on n’en tirerait pas un Louvois. Je vous supplie d’avoir la même bonté sur toute ma lettre des médailles consulaires car je la ferai rimprimer et y ai déjà fait plusieurs changements par exemple touchant le ΝΙΚΙΑΣ ΚΩΙΩΝ, le cognomen Musus, de Coeliorum familia, et de l’Histoire, et Epoque de Bithynie. Je ne distribue aucun exemplaire, et la nouvelle édition sera sur une seule feuille. Je vous remercie touchant les avis pour les paquets, et il y a encore du temps à y songer. Pour les livres de la Bibliothèque de Wolffenbüttel je les renverai tous, hormis Gruterus, avec les plus humbles remerciements, que je pourrai faire. Si on a dessein de faire graver le portrait du feu Electeur, je conseille de le faire faire par Monsieur Edelinck, car c’est un graveur incomparable, et très honnête homme. Si le nouveau journal de Trévoux est de la fabrique des Jésuites, il aura bona mixta malis. Je me recommande à vos bonnes grâces, et suis du meilleur de mon cœur… Arnstat 12. Juillet 1701. P.S. Je vous enverrai sans faute des ectypes de colle de poissons après les médailles de Gratianus, GLORIA NOVI SECVLI, et tout autre, que vous aurez la bonté de me commander » (LBr. 661 bl. 68 4°. 1 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 174, p. 262-263).
-Lettre du 19 juillet 1701 (d’Arnstadt) : « Je vous suis obligé de la peine que vous avez eu avec la lettre dr Mr de Spanheim et comme le roi d’Angleterre est arrivé en Hollande, peut-être qu’il y est aussi. Pour moi je voudrais le savoir à Berlin, pour rendre témoignage du tort que l’on m’a fait en m’abandonnant si cruellement. Le malheur de Mr Danckelmann est cause de cela, et j’ai encore des lettres écrites de sa propre main, qui me font assez connaître qu’il aurait eu la bonté de me faire tenir parole, car je n’ai pas manqué de me plaindre, mais le bon seigneur était trop embarrassé, et sur son déclin. Cependant tout cela ne fera pas grand honneur au ministère suivant, et je souhaite que la nouvelle Société des Sciences ait un meilleur sort. Les affaires dont j’ai touché un mot ci devant ne pourraient être mis dans une Société, et si je pouvais avoir l’honneur de vous parler, je vous le ferais voir clairement. Je suis bien aise que vous ayez reçu ma lettre imprimée, et vous supplie de la lire exactement, et d’avoir la bonté de me corriger les endroits que vous trouverez à porpos car je la ferai rimprimer corrigée ; et voici trois endroits que j’ai changé. A l’endroit de NIKIAΣ eudem cum nomine MARKOΣ ΛΕΠΙΔΟΣ nobis obtulit : nummus ipse vero servatur in LUDOVICI MAGNI Thesauro incomparabili, in quo legitur NIKIAΣ, et exhibetur caput nudum Niciae, qui teste Strabone Coorum Tyrannus fuit : duos tales nummos jam edidit Goltzius Tab. XXI. Insularum Graeciae, sed male caput Niciae barba et laura ornavit ; pluresque alios vidi ejusdem Niciae cum diversis nominibus ab aversa parte : neminit ejus Cicero Epist. Lib. VII. Ad Atticum : an vero is ipse Nicias sit, qui referente Julio Polluce, purpura, auroque mixtis decoravit scutum, et an placeant illa, quae in Specimine me(o) de somnio Sullae in tertium nummum Tabulae III. etc. A l’endroit C. COELII CALDI : nam lanceam non Latinum, sed Hispanicum vocabulum esse, docet Varro apud A. Gellium Lib. XV cap. 30 : hinc sine dubio et plus bas Inquirendum ergo, an rei veritas detegi possit, nam Coeliorum nomen apud Romanos illustre fuit a primis urbis temporibus, quia in Suburanae regionis parte princeps erat Coelius mons, a Coelio Vibenno Tusco Duce nobili, qui cum sua manu dicitur Romulo venisse auxilio contra Sabinum Regem, prout testatur idem Varro de Ling. Lat., lib. IV. In familia PAPIRIA : Quis autem in iis occurrens C. Papirius Carbo fuerit, exponit Dio lib. XXXVI, illeque Bithyniam tenuit A. U. C. circiter 699. Et quidem annis aliquot postquam M. Cottam accusasset, a cujus filio Patrem ulturo ipse postea fuit accusatus. Quo anno vero inceperit Bithyniae Epocha, colligi potest ex nummis Gentis Vibiae, quibus literas ΒΛΣ additae, annum 232 denotantes. Unus illorum oculis objicit caput Julii Caesaris, et ΝΙΚΟΜΗΔΩΝ ab aversa parte ΕΠΙ ΓΑΙΟΥ ΟΥΙΒΙΟΥ ΠΑΝΣΑ cum Victoria stante. At hi nummi cudi non potuerunt ante Bithyniae recuperationem, quae facta est A. U. C. 707 cum Julius Caesar VENIT, VIDIT, et Pharnacem VICIT. Inde si 232 annos retrogradimur, incidimus in A. U. C. 475 ; epocha vero sine dubio incipit anno sequenti U. C. 476 nam eodem Nicomedes fratrem Zipoetum auxilio Gallorum vicit, Bithyniaque omnis in ditionem Nicomedis concessit. Galli regnum cum Nicomede dividentes regionem a se possessam Gallo graeciam cognominaverunt. Caput autem Julii Caesaris in superiore nummo expressus sine dubio indicat, cusum illum fuisse eodem anno, quo Senatus monetam cum Julii Caesaris imagine signare decrevit. Memoratum etc. Je vous envoie ci-joint trois médailles différentes de l’empereur Gratian, qui sont ici dans le cabinet de Monseigneur le Comte de Schwarzbourg, et il n’y en a point d’autres, sinon avec quelques différences de lettres, qui ne sont d’aucune conséquence, marquant seulement la diversité des monétaires. Ces médailles ont cela de particulier que Gratianus y est appelé AVGG. AVG. Que quelques-uns expliquent Augustorum Augustus, ainsi est il dans Mezzabarba ; d’autres croient que par le premier mot sont désignés AVGG, les deux Gratianus et Valens et par le second AVG Valentinien le Jeune pour marquer quelques différence. Pardonnez-moi la liberté que je prends de penser à la raison, pourquoi vous désirez avoir ces médailles : ne serait-ce pas pour faire la cour auprès de la nouvelle Majesté de Prusse, et dire que GLORIA NOVI SAECVLI praesentis est l’acquisition de la Couronne. Si cela est on pourra encore augmenter l’odeur de l’encens, pour encore mieux profiter d’une chose, qui fait plus de soupirs que de joie auprès de ceux qui ont des véritables sentiments d’amour, vénération, et respect pour la Sérénissime Maison. Cependant il est permis de sacrifier aux folies publiques, et de faire quelquefois deux figures, et de Démocrite et de Héraclite. Pour moi, je serais assez de cette humeur, si je pouvais obtenir par là les effets de ce que l’on m’a promis, et crois que cela ferait aussi quelque chose pour la GLORIA NOVI SAECVLI, plutôt que d’être obligé à dire qu’on ma manqué de parole. Sed haec intra nos. Il me semble que l’on pourrait dire quelque chose de particulier sur le titre de AUGG. AUG. Car la Sérénissime Maison a eu beaucoup de Héros, qui méritent d’être appelés Augustes, mais à présent est venu un qui mérite entre ces Augustes d’avoir le titre d’Augustorum Augustus, pour y avoir ajouté la majesté royale. Dans huit jours je vous enverrai les colles de poisson de ces médailles, et si vous les voulez faire graver, mon cher Monsieur, je le ferai par mes graveurs, sans qu’il vous en coûte, et tout ce que j’ai est à votre service. Un nommé Mr Eckart de Hannover avait écrit au magister Schlegel que vous étiez à Vienne et que vous passeriez peut-être par Arnstat, mais il n’a rien dit de la charge de Bibliothécaire de l’Empereur, et je n’ai point oui dire que vous aviez quelque dessein sur cela, car vous êtes au-dessus d’un semblable prétension. Monseigneur le Comte de Schwarzbourg est revenu des bains d’Aix-la-Cahpelle. Je suis toujours de tout mon cœur… Arnstat le 19 juillet 1701 » (LBr. 661 bl. 69-70 1 Bog. 4°. 2 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 190, p. 294-297).
-Lettre du 26 juillet 1701 (d’Arnstadt) : « Il y a huit jours que je vous ai envoyé les dessins des médailles de Gratianus, présentement, je vous en envoie les colles. Du depuis j’ai appris que le nouveau Journal de Trévoux avait parlé de semblables médailles, et qu’ils avaient expliqué les lettres TCON d’une manière très ridicule, savoir : Tributum Civitatum Omnium Narbonensium. On voit par là, que ce nouveau Journal ne sera pas GLORIA NOVI SECULI. J’attends avec impatience votre réponse et corrections sur ma lettre des médailles consulaires, à quoi je me recommande très humblement, et suis.. P.S. : Tout présentement je lis dans la gazette imprimée, que S.E. Monsieur de Spanheim était arrivé en Hollande avec Sa Majesté Britannique » (LBr. 661 bl. 71 4°. 1 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 198, p. 307). +
-Lettre du 9 août 1701 (d’Arnstadt) : « J’ai reçu l’agréable vôtre et vous remercie très humblement de la peine que vous avez bien voulu prendre touchant mon épître des médailles consulaires, et vous assure que j’observerai régulièrement ce que vous écrivez, et trouvez à propos que je fasse, corrige, et change, et cela fort exactement, non tant par complaisance envers un ami, pour lequel on a de la considération, mais plutôt par une conviction de ne pouvoir faire mieux. Je dicte cela non pas comme une civilité, mais avec le sentiment cordial de gratitude, et respect, dont je vous supplie d’être persuadé, et vous en ai une entière obligation. J’ai changé partout cette épître en sortre que vous ne la reconnaîtrez presque plus, ayant trouvé encore de très belles remarques, et corrections. J’ai aussi reçu une très obligeante lettre de Monsieur Perizonius de Leide touchant ce qui le regarde. Par cette lettre il se défend comme il peut, mais très bien, doctement et avec une grande honnêteté, ainsi j’ai inséré de la même façon toutes ses raisons avec approbation, où je trouve qu’il a raison, et où je trouve encore difficulté, je la mets aussi d’une manière que le lecteur pourra bien connaître que nous n’avons point de procès ensemble, et qu’il n’y a aucune intention de se charger, et accuser d’hérésie. J’ai aussi reçu des lettres de Berlin par lesquelles on me mande que l’on a envyé mon épître à Monsieur de Spanheim, et que l’on attend sa réponse pour prendre une résolution sur mon affaire, et peut-être que tout cela ira encore mieux que je ne pense ; peut-être qu’il y aura quelque honte de m’avoir abandonné si impitoyablement, quoique dans toute cette affaire il n’y ait aucune malveillance ou lâcheté, car mon malheur ne provient que de la disgrâce inopinée de Monsieur de Danckelmann ; s’il m’en revient quelque chose j’en louerai Dieu, et ferai les remerciements nécessaires aux amis, et patrons, qui y auront contribué, et témogienrai aussi ma très humble gratitude par la dédication à la nouvelle Majesté, ce qui sera plus convenable GLORIAE NOVI SECVLI, que si on me laisse dans la nécessité de réciter ce qui m’est arrivé. Si vous allez à Berlin, faites-moi la grâce d’en parler un ot avec Monsieur Kroug, Premier médecin de sa Majesté, lequel m’a écrit ce que dessus, de la part de Monsieur Wedel, Maître des Requêtes, lequel peut beaucoup contribuer pour réussir l’affaire, et on m’a déjà écrit une fois, que j’obtiendrai la grâce d’être satisfait, mais comme cela se devait prendre sur les amendes pécuniaires, et que rien n’est arrivé, il faut que tout le monde ait été fort sage à Berlin, ou bien que ces amendes soient toutes arrivées in partibus infidelium. Je n’ai jamais eu le bonheur de parler à Monsieur Fuchs, sans cela j’espérerais beaucoup de la grâce, et protection d’un si grand homme, car tout le monde dit de lui qu’il est très bon et généreux. Etant l’autre jour à ruminer sur mon travail, et mes affaires j’ai trouvé qu’il est presque impossible que je puisse continuer à travailler, c’est pourquoi j’ai songé à la nouvelle Société des sciences et lettres et vous supplie de me dire si parmi cette compagnie il n’y a personne qui soit curieux de médailles, et qui puisse s’appliquer dans ce travail ; car si l’on me voulait promettre de publier à la postérité mon action, je voudrais donner à la Société toutes mes collections, et dessins de médailles, et puis assurer, que jamais homme vivant n’a amassé, ni pu amasser de si belles choses, ni peut-être pourra amasser à l’avenir. Avec cela je m’offrirais de dire et communiquer tout ce qui sera en mon pouvoir, pendant le reste de ma misérable vie. Outre ce que dessus, touchant ma mémoire, je ne demanderais aucune récompense, ni utilité et j’ai pensé à cela par un principe généreux, sans aucune vue d’intérêt et seulement pour servir le public. Si on voit et examine toutes mes collections, et le travail surprenant que j’ai essuyé, tout le monde me plaindra de n'en avoir pu profiter, outre cela je voudrais être sûr, que le tout fut à la fin mis et conservé dans la Bibliothèque royale à Berlin ad perpetuam rei memoriam. Si, mon cher Monsieur, vous trouvez que cette pensée ne soit pas une folie, je vous supplie d’y songer, et m’en dire vos sentiments, et ne croyez pas que je cherche par cela quelque service ou engagement, car je suis dans un état incapable de cela. Quant à l’exécution, je laisse songer aux autres d’employer les moyens de pouvoir réussir. Je vous ferai graver les médailles demandées, mais cela ne se pourra faire que dans 15 jours, à cause que le Magister Schlegel est présenteent à Coburg, et je ne asais où il a mis les trois médailles, après en avoir tiré les colles, mais si vous m’aviez renvoyé les dessins, cela serait déjà fait, et je vous l’aurais pu envoyer présentement, car il ne faut que 2 ou 3 heures pour achever cette gravure. Les lettres CON* ne signifient autre chose que cette monnaie a été frappée à Constantinople, et les lettres ajoutées A. T. N. et semblables ne sont que des marques de monétaires pour distinguer les ouvriers. Pour OF. II. et OF. III ces lettres confirment cela, car elles ne disent autre chose que la médaille ait été faite in Officina secunda et Officina tertia. Quant au titre de AVGG. je crois que ce n’est autre chose, sinon que Gratian s’est voulu élever par-dessus Valentinan, et Theodose, en leur laissant le titre d’Augustes, ainsi il a voulu dire qu’il est l’Augustus de ces jeunes Augustes. J’ai appris avec bien du déplaisir que Monsieur Beger est très malade et hors d’espérance de guérison. C’est un homme d’une grande lecture, et fort savant, mais pour les médailles il n’en a pas assez vues pour en avoir une grande connaissance. Si son neveu est à Berlin, et si on voulait entreprendre quelque chose, on se pourrait servir de lui. Cependant j’ai présentement un graveur qui est plus habile que lui pour les médailles. Dans quinze jours je renverrai sans faute à Wolffenbüttel les livres de la bibliothèque et suis de toute mon âme… Arnstat le 9 août 1701 » (LBr. 661 bl. 74-75 4°. 1 Bog. 4° 2 ½ S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 218, p. 334-337).
-Lettre du 13 septembre 1701 (d’Arnstadt) : « Comme je ne reçois point de réponse sur mes dernières lettres, je ne sais si vous avez reçu la petite planche gravée, et suis obligé de croire que vous êtes allé à Berlin, ainsi peut-être que la présente vous trouvera de retour. Je vous envoie ci-joint quatre exemplaires de mon épître rimprimée, où vous verrez que j’ai observé tout ce que vous avez eu la bonté de me mander, et corriger ; si vous pouviez en envoyer un exemplaire ou deux à paris, vous me feriez un très grand plaisir, Monsieur Imhoff envoyé de Wolffenbüttel étant de retour. Si vous voulez avoir encore quelques exemplaires pour distribuer à des amis, il n’y aura qu’à me le mander. » (LBr. 661 bl. 76 4°. 1 S.; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 274, p. 466-467) +
-Lettre du 3 octobre 1701 (d’Arnstadt) : « Je vous remercie très humblement d’avoir envoyé deux exemplaires de mon épître à Paris, et comme vous m’offrez si généreusement d’y envoyer encore d’autres, j’accepte votre bonté avec joie, gratitude et remerciement. Pour cet effet, j’enverrai demain encore vingt exemplaires à Mr Eckart, auquel vous pourrez ordonner de Berlin ce qu’il en doit faire. Je supplie de faire tenir un exemplaire à chacune des personnes suivantes. Un à Monsieur Toinard, rue Mazarine à Paris, un à Monsieur Dron chanoine de St Thomas du Louvre. Un au Révérend Père Jobert, jésuite dans la rue Saint-Antoine, un au Révérend Père Sarbouse à Ste Geneviève, un à Monsieur Baudelot de Dairval. Un à Monsieur Mayercron, ambassadeur de Danemark, un à Monsieur Keller fondeur du roi dans l’Arsenal. Avec cela il faudrait prier Mr Pinsson d’ajouter mes compliments et envoyer encore deux exemplaires pour Monsieur Béguon, Intendant du Roi à La Rochelle, et Monsieur Riguord, qui demeure avec lui. Pour le reste, faites en ce que vous voudrez, les faisant tenir à vos amis, et si vous en désirez davantage, je vous enverrai tant d’exemplaires qu’il vous plaira de me commander. J’envoie quatre autres paquets à Paris par S.A.S. Madame la Duchesse d’ici à Wolffenbüttel pour prier Monsieur le Marquis d’Usson de les envoyer à Paris ; ces paquets sont pour le Révérend Père de La Chaise, Monsieur de Bonrepaux, que je connais particulièrement, et qui est, à ce qu’on me dit, proche parent dudit Marquis, Monsieur Foucault, Intendant à Caen, et Monsieur Oudinet, Garde du Cabinet des médailles du Roi. J’ai fait cela, parce que cela sont des personnes considérables, et dans le service du Roi, ainsi je ne crois pas que ce marquis le refuse, surtout au Père de la Chaise, auquel j’ai touché quelques particularités des sottises de Mr Vaillant avec un exemplaire pour icelui. Faites mes compliments à Mr Pinson, car je le connais, et je ferai réponse à Monsieur l’abbé Nicaise, quand vous serez de retour à Hannovre » … « Pour ce qui est de la proposition de mes collections, je tiendrai ma parole avec honneur sans quelque lâche intérêt, mais il faudra aussi me donner les assurances nécessaires. Cependant j’y prévois plusieurs difficultés. Premièrement si l’entrepreneur ne pouvait venir ici avec un ouvrier nécessaire, je ne vois pas de réussir, car un très savant homme peut être ignorant en médailles, et c’est une étude particulière, qui ne s’apprend qu’avec une grande pratique. Enfin j’offre tout sans demander quelque chose pour moi. Agissez en cela comme vous le trouverez à propos, et sans parler beaucoup de moi. Le beau vernis des médailles provient uniquement de la qualité du terroir, où elles ont reposé si longtemps, et s’il a été bon et subtilement vitriolique, les médailles ont été couvertes d’un si beau vert qu’il est impossible à l’Art de l’imiter. La couleur de cette couverture est différente, et j’en ai vu d’un si beau rouge comme vermillon. Il est plus facile d’admirer les effets de la simple nature que d’en pénétrer les causes. Pour ce qui est des coins beaux avec un merveilleux dessin, cela ne provient d’autre chose que de la bonne qualité des ouvriers et de leur grand nombre. En cela les Grecs passaient les Romains. Du temps de Néron étaient les plus excellents graveurs, et tout cela a changé suivant les temps profitables, et les génies, que la fatalité a mis au monde, et un bon coin ne demande pas un plus grand travail ou plus grande dépense, que le plus méchant, car tout dépend de la bonne qualité du graveur. Quand on donnerait le double à un méchant graveur, il ne ferait pas ce que peut faire Monsieur Faltz, ou a pu faire M. Karlstein. Cependant un bon médailleur ne fait pas mal de se faire bien payer. Parmi les Romains les médailleurs, et monétaires étaient des gens affamés, et assez méprisables, tellement que chacun tâchait de se faire valoir en bien travaillant. On ne peut encore savoir de quelle manière les anciens ont fait leurs monnaies, il est certain pourtant qu’on les a frappées. Dans le cabinet du roi à Paris, il y a un coin antique de Faustine assez mal fait, et l’on s’étonne comment par de semblables coins on ait pu frapper de si belles médailles. Ce coin est petit, épais d’environ un pouce, et chaque partie long d’un demi pied, et pour le frappement, il y a un tuyau où les coins entraient pour frapper, et toutes les trois pièces sont de fer. Les manières d’aujourd’hui sont différentes, et l’on a beaucoup cherché pour perfectionner cette matière. Il me semble aussi que les Anglais ont le mieux réussi. Mr Meybusch a fait venir à Paris une machine, que l’on a trouvé fort bonne, et belle, et l’avait fait venir de Stockholm. Je ne connais Monsieur Faltz que de réputation, et par les beaux ouvrages, et l’on peut dire, que présentement il n’y a point son pareil ; je vous supplie de lui dire que je suis son très humble serviteur » (LBr. 661 Bl. 77-78. 1 Bog. [jetzt : 2 bl.]. 4°. 3 S. ; Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 292, p. 497-500)
-Lettre du 13 novembre 1701 (d’Arnstadt) : « Ce Chevallier [Andrew Fountaine] se connoit tres bien aux antiques, soit pour la realité et antiquité soit pour la rareté, ainsi j’ay eu un grand plaisir de sa conversation, et il a emporté quelques bonnes medailles acquises du Cabinet de Monseigneur le Comte de Schwartzbourg, … J’ay aussi fait voir audit M. le Chevallier quelques medailles de la famille Aemilia avec le chameau, et la pretendue couronne, de laquelle il a beaucoup ri, ne pouvant comprendre, pourquoy Monsieur Begerus veuille soustenir une pareille chose. (p. 583 non accessible en open access) … une lettre contre moi Monsieur Doulodorus (nb : Lorenz Beger) y trouverait mal son compte, et se rendrait ridicule, plus que je ne dis par amitié, et si Monsieur, vous avez quelque bonté pour lui, vous le détournerez d’un semblable dessein, qui ne me saurait faire aucun mal. Monsieur le Docteur Kroug est un très honnête et très habile homme, et je suis sensiblement fâché de ne le pouvoir satisfaire suivant mon devoir, mais bien plus suivant ma propre inclination, car dans l’état malade où je me trouve, je ne suis pas le maître des affaires, et suis obligé de garder des mesures, en sorte que je ne puis écrire tout ce que qu’il serait nécessaire, dont j’ai un très sensible chagrin, car je voudrais faire plus qu’il n’espère, pour son service, en fidèle ami et très humble serviteur. Je vous remercie très humblement de la bonté que vous avez eu de dire quelque chose à mon avantage à sa Majesté de Prusse, et vous en suis tant obligé comme si cela avait produit des grâces considérables sur lesquelles et autres samblables choses je n’ai presque plus d’attention, parce qu’il faut être jeune, et un chasseur bien disposé pour les attrapper ; d’un autre côté le bon Dieu m’a mis hors la nécessité de les souhaiter, et demander, et j’aime extraordinairement une liberté avec le pain cuit, outre que je suis sur la fin de mes jours. Pour votre nouvelle société, je vous souhaite un parfait bonheur, et toute sorte de contentement ; je ne doute point du bon succès, pourvu que Dieu vous conserve la vie. Un fonds nécessaire, et une imprimerie sont deux des plus considérables colonnes d’un semblable édifice. Pour moi, je ne manquerai pas aux offres que j’ai fait, mais je voudrai voir clair dans le fait, sans faire beaucoup de fonds sur des simples promesses, quoi qu’elles viennent d’en haut, car j’ai trop passé par les piques. Je m’étonne de ce que Monsieur de Spanheim ne m’écrit point, mais je crois que la difficulté consiste en ce que j’ai dit de Magni Patroni casu, car il ne serait pas bienséant de dire ses sentiments là-dessus puisqu’il sait la vérité de tout ce qui m’est arrivé, et on ne saurait guérir de semblables maux, puisqu’il ne reste au malade que des justes plaintes de douleur. Je suis bien aise d’apprendre que sa Majesté ait acheté la bibliothèque de Monsieur de Spanheim, car c’est un prodigieux recueil des meilleurs livres, que l’on puisse trouver et les connaisseurs à Paris l’estimaient valoir vingt mille écus : comme il n’en verra que douze mille écus, je voudrais bien prolonger la vie d’un si grand homme d’une année par chaque millier d’écus de défaut. Je n’ai pas l’honneur d’être connu de Monseigneur le comte de Wartenberg, mais il mourra plutôt que je souhaite son abaissement ou éloignement de la suprême dignité, et lui souhaite plus de bonheur, qu’il ne saurait faire lui-même : toutes les affaires de ce monde ne sont qu’une comédie, où les petits acteurs ne sont pas si embarrassés que les grands. Je vous remercie très humblement du soin que vous avez eu touchant les exemplaires Epistolae de nummis consularibus, et Mr Eckart a eu une favorable occasion de les envoyer à Paris, savoir par Monsieur de Tschirnhausen, lequel a passé chez vous à Hannovre pour aller en France. J’ai aussi envoyé quelques paquets par Monsieur le Marquis d’Usson, qui les a fort bien reçus, et j’en ai remis 24 exemplaires à Monsieur le Chevalier Fountaine pour les distribuer dans son voyage d’Italie… Arnstat 13 9bre 1701. P.S. : Après avoir achevé la précédente lettre, je reçois un paquet de lettres de Paris, en réponse de celles que j’ai envoyées par Monsieur le Marquis d’Usson ; je n’ai encore lu que celles de Monsieur l’intendant Foucault, et de Mr Galland, qui m’assurent que mon Epistola de nummis consularibus a été mieux reçue à Paris parmi les curieux que je ne l’aurais pu espérer, et que l’ouvrage de Mr Vaillant ne me fera point de tort, mais qu’il est fort mortifié de mon travail. Ils m’envoient aussi le type d’une médaille nouvelle, savoir du tyran Amandus dont je n’avais encrore rien vu » (Babin - Van den Heuvel - Widmaier 2006, lettre 334, p. 583-585; Burnett 2020b, p. 1591).
'Morel says that his paralysed arm ‘m’empeche fort dans mon travaill aux medailles’' (Burnett 2020b, p. 1120 n. 51) +
-Lettre du 22 fév. 1702 : en latin (Paris, BnF, Manuscrits, Nouvelles acquisitions latines 389 : Correspondance numismatique d’André Morell d’ Arnstatt, pendant les années 1702-1703, p. 14-19 [en ligne sur Gallica]). +
-Lettre du 27 juil. 1688 (de la Bastille) : « Monsieur, Monsieur Dron m’ayant fait l’honneur de venir à la Bastille pour faire un œuvre de charité a visiter un pauvre prisonnier, m’a fait voir en même temps votre lettre touchant quelques epoques. Dans l’estat ou je suis-je ne suis pas en estat de vous satisfaire beaucoup, je n’ay d’autre epoque en teste que celle depuis que je suis ici, sçavoir trois semaines: pour ce qui en est de l’epoque d’AMICOY, j’y trouve une difficulte a cause de la médaille d’Aelius, qui est chez le Roy, car si je fixe le com(m)encement apres la bataille d’Actium, com(m)e Strabon le veut, le nombre de la médaille d’Aelius reviendroit une année (qu)[raturé] apres sa mort. Ainsi je crois que aul ieu que ceux d’Amisus reçurent (q)[raturé] la liberté apres la bataille d’Actium, il faut que cela soit fait auparavant et qu’Auguste les attira par là dans son parti. Pour AMACIAC &c., il y a plusieurs médailles chez le Roi et d’autre part [i.e. ailleurs]. Au reste, Monsieur, je vous suis extremement obligé des marques d’amitié que vous temoignez dans la lettre de Mr. Dron. Je vous assure que je n’ai point de chagrin de ce qui m’est arrivé: Dieu en disposant ici, il n’y a d’autre parti a prendre que celui de se remettre entierement et avec confiance a sa Sainte volonté. Peut-être que la devise de Monsieur Fouquet me pourrait servir: INCLVSVM CARCER ILLVSTRAT. Un vers a soye, Car c’est mon travail qui me cause ma prison. En tout ce que je Pourray Vous rendre service, Vous me trouverez toujours veritablement, Monsieur, Votre tres humble & tres obeissant Serviteur Morell. PS : Il y a un médaillon chez le Roi AMICOΥ ΕΛΕΥΘΕΡΑΣ [epsilon et sigma lunaires] ET [au-dessus de la ligne, epsilon lunaire] CME, Victoria in bigis du côté de la teste, Caracalla appelé Germanicus, lequel titre il avait reçu l’année auparavant celle de cet epoque » (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 2516, Dron, f° 34 r ; Sarmant 1994, p. 53, note 106). +
-Lettre du 29 sept. 1688 (Paris, de la Bastille) : « Monsieur, J’ai reçu l’agreable votre avec des marques d’amitié, que je ne sçay si en ce vencontre [i.e. vent contraire] je suis votre vaincu ou si je suis vainqueur, du moins je Vous puis assurer que personneau monde n’est plus a Vous et que je conserverai toute ma vie envers Vous des sentimens de respect, d’estime et d’amitié. Je trouve votre explication ΕΝ ΚΟΔΡΙΓΗΣ fort ingenieuse & suis bien aise de la sçavoir en attendant de meilleures nouvelles, M. Spanheim ne l’approuve pas tout a fait, sans pourtant y Contredire formellement. Quand Vous aurez besoin de quelque chose qui soit en mon pouvoir, vous me trouverez toujours sans responce [?, je déchiffre mal], Monsieur, Votre tres humble & tres obeissant serviteur, Morell » (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms. 2516, Dron, f° 53 v [au recto l’adresse, Monsieur (deux fois) Toinard, a, Orléans). +