Grand document
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F
-Lettre d'août 1790 (de ?): “il conte Wiczai di Presburgo, avendo ereditato dal padre un ricco Scrigno e Biblioteca in Hédervár presso di Rahab, ha voluto conoscermi e impegnarmi a restare seco qualche anno [...] per sistemare, aumentare e descrivere il suo Gabinetto, di cui una terza parte già dal Padre Khell e dell’Abate Eckhel era stata descritta in un grosso volume manoscritto” (Cagni 1996, p. 264; Williams 2022, p. 248-249, note 15). +
Lettre 22 avril 1573: "Medallas tengo algunas, entre otras las de Guesca, en las quales ay algunas de quando los cartaginesses reynavan en Espania, y los gestos son africanos, y las letras -creo io- son phenices porque ni son griegas ni ebraycas ni latinas ni arabigas. En el dorso tienen el mismo que las latinas en las quales dize en el dorso urbs victrix osca, que es alma muy singular; los nombres de los emperadores son diversos y los de los duumviri y treviri. Otra tengo que dize Turiaso; otra de Segovia que dize Segobriga; otras dos de Jano vifronte del qual /laudo/ y prora navis in dorso y estas dos son ex rudi y impolita materia; otra del mismo Noe bifronte cum prora navis in dorso y sub navi dize Roma. En las dos primeras no hay letra; otra del mismo, aunque no vifronte, y in dorso la nave, y es esta con la qual -segun dize Lazio- jugaban los ninios diciendo caput aut navim, como agora cara o cruz; otra de Romulo y Remo con el dorso de la puerca y los dos infantes lactantes; otras muchas de emperadores con sus dorsos de sus triumphos; tambien de la pecunia que usavan los romanos." (Barc. 94, f. 82r-v) +
Lettre du 12 mai 1668 (de Bologne): "Mi rallegro con Vostra Altezza del spasso virtuoso si piglia nel veder le medaglie e curiosità antiche in cotesta città dove ne sono i profluvii non ostante che sempre da curiosi eruditi se ne portin via e sempre se ne ritrovano delle nuove. Rendo umilissime grazie all'Altezza Vostra della grazia che mi farà di farmi vedere le acquistate, come vengo a Firenze, che spero in Dio sia a settembre ..
Di Vostra Altezza Serenissima umilissimo servo
Ferdinando Cospi
Di Bologna li 12 maggio 1668" (Firenze, Archivio di Stato, MP 5532, c. 488; Barocchi - Gaeta Bertelà 2007, p. 907). +
-Lettre du 2 octobre 1753 (de Napoli): « Primieramente debbo dirvi che due mesi e più sono passati dacché in nome vostro mi furono dati due libri delle memorie della nostra Società con due monete antiche senza alcuna lettera vostra. Io la ho aspettata fin ora né la veggo apparire. La prego adunque a dirmi cosa è stato, ciò che n’è [c. 23 v.] avvenuto. E’ egli questo un vostro ricco dono? Cosa è? Le medaglie sono donate o mandate a osservare? La lettera s’è persa o non c’è mai stata? » (Firenze, Biblioteca Marucelliana, BVII, 13, f° 23r-24r – online). +
-Lettre du 18 juillet 1772 (de Naples) : « Monsieur le baron, Quoi! vous me demandez encore des médailles après le mauvais succès de celles que j’imaginai pour le mariage du prince, et dont je n’ai jamais reçu aucune épreuve ! Vous me croyez donc meilleur pour les morts que pour les mariages ? J’obéis. Les anciens n’ont jamais pleuré les princes morts. Cette grande vue politique avait été développée par Tibère ,lorsqu’il défendit les deuils de Germanicus, en disant : Principes quidem mortales, rempublicam aeternam esse. En effet, c'est toujours une satyre du gouvernement actuel, queles regrets du passé. Or, s’il y a un pays au monde qui ne doit rien regretter, c’est celui à qui le chef prince de Saxe-Gotha est échu en partage pour son souverain. Les anciens n’ont donc gravé sur les médailles que les apothéoses de leurs princes et princesses. Ainsi toutes les inscriptions à ce sujet se réduisent à consecratio, ou memoriae aeternae, avec les symboles de l’apothéose, qui sont ou le rogus, ou le temple, ou le carpentum, attelé à des éléphants ou à des mulets pour les augustes femelles. Lorsque la mode des déifications passa, on trouva quelque chose deplus approchant de nos moeurs. La médaille de Claude-le-Gothique et de Maximien a, dans le revers, le prince assis sur une chaise curule, avec l’inscription : Requies optimor. C’est cette médaille que je choisirai pour modèle de la nôtre. Je mettrai d’un côté la tête du princedéfunt, coiffé à l’antique, cependant avec le bandeau, marque de la souveraineté, comme il est surtoutes les têtes des rois anciens d’Egypte, de Sicile, de Macédoine, etc. L’inscription dirait :Divo Frederico gothico, optimo principi. Dans lerevers, la figure entière du prince, habillée et drapée avec élégance, assise, ayant devant elle unpalmier, symbole de l’éternité, d’où pendent lesécussons de Gotha et d’Altembourg, avec un faisceau d’armes au pied de l’arbre. Ces boucliersattachés aux palmiers, sont très-fréquens sur lesmédailles, la lête du prince pourrait être rayonnéedu nimbres, comme celle d’Apollon, symbole del’immortalité. L’inscription dirait : Requies optimor merit : en bas mettez le jour et l’année dela mort. Voilà ma médaille.Mais si le prince veut la sienne, je n’ai qu’à luifaire remarquer que les génies ayant leurs flambeaux renversés sur les écussons, indiqueront quele feu duc a mis le feu à ses Etats. On trouve eneffet ce revers sur les médailles, d’une figure d’Adrien, qui, avec un flambeau renversé où brûle quelque chose ; mais ce sont de vieilles dettes des provinces avec le fis, et l’inscription : Reliqua vetera. H. S. Novies mil : abolita. C’est biendifférent de brûler des dettes et de brûler des provinces. Ainsi ce génie pleurant et le flambeau renversé devraient toujours être au pied d’un palmier,d’où pendraient les armes de Gotha et de Saxe. L’inscription doit dire luctus publicus, et pasmoeror. Le mot luctus me paraît consacré pour lesdeuils : voici mon avis dit avec toute la franchisepossible. Mettez un seul génie et pas deux ; car iln’y a qu’un mort, et ce génie c’est l’âme même dudéfunt et son esprit représentés par ce flambeau quis’éteint. Deux flambeaux indiqueraient deux morts. En avez-vous assez pour deux sous ?Le co…morbus est un effet des souffrances quevous avez occasionnées à votre bas-ventre par desrévérences multipliées et excessives. Réformez-lesdonc, et venez à Naples apprendre l’impolitesse. Je suis d’une humeur de chien aujourd’hui. » (Sérieys 1818, p. 335-337).
-Lettre du 3 février 1770 (de Naples) : « Votre lettre, Monsieur, du 9 de janvier m’a causé tant de plaisir qu’à l’instant j’ai pris mon parti de vous écrire dorénavant en droiture par la poste, et de vous prier d’en faire de même avec moi. Enfin, il faut être prodigue. Le regret que j’aurais à l’argent ne vaut pas en vérité celui que j’éprouve à n’être pas auprès de votre cheminée causant avec vous tantôt médailles, tantôt politique, tantôt nouvelles, tantôt littérature. Je ne sais pas m’accoutumer à être loin de Paris. Avant que de répondre à votre lettre je vous dirai ce que j’ai fait ces jours passés pour vous. Le fermier de mon abbaye, qui est entre Pestum et Velia, m’apporta un petit trésor de médailles, que des paysans avaient trouvées sous terre. Il y en avait une cinquantaine d’argent, et une douzaine de bronze toutes appartenantes aux villes grecques de notre royaume. Ces imbéciles pour les nettoyer les avaient frottées impitoyablement, et gâtées pour la plupart. Heureusement il n’y avait pas grande perte étant des médailles communes. Cependant j’en ai choisies onze d’argent, les meilleures et j’espère que vous trouverez dans ce nombre cinq ou six qui vous feront grand plaisir. Il y en a une de Velia très curieuse. Une de Tarente qui me paraît unique où on lit . Je n’entends pas cette légende. Une de Métaponte que je crois frappée dans une année malheureuse puisque d’un côté l’épi est rongé par une sauterelle, et de l’autre une figure debout paraît arracher et couper une jeune plante. Enfin il y en a une de Tarente très jolie, et avec un revers extraordinaire. J’ai payé le tout 22 livres. Il y en a quatorze ou seize de valeur intrinsèque, ainsi je suis sûr que vous serez fort content de l’achat. J’ai expédié le petit paquet hier à Rome pour qu’on l’envoie par la pose à Mr de la Meinière qui vous le remettra. Si vous ne voulez pas payer en argent, je vous avoue que j’aimerais mieux que l’argent d’avoir deux médailles de grand bronze qui sont dans votre suite de doubles, et qui ne gâteraient point la suite de têtes. L’une est une médaille d’Auguste grand bronze avec sa tête, et au revers la ville Bilbilis, un homme à cheval. L’autre est le congiaire de Géta à plusieurs figures. Si cependant vous les estimez davantage, ou vous ne voulez pas toucher à votre suite, vous pourrez remettre l’argent à Mr Nicolaï secrétaire de mon ambassadeur en son hôtel rue de Grenelle, à qui vous pourrez de même payer tout l’argent que je dépenserais ici pour votre compte. Les médailles que vous m’enverrez, je vous prie de les envoyer par le moyen de Mr de Meinière à Rome à mon adresse poste restante. Je les ferais retirer de la poste. Je lirai votre lettre à Mr Zanillo, et je vous enverrai l’Emilien et les autres que vous voulez. J’aurais bien pris cet Emilien, mais je suis si reconnaissant de vos bontés, que je ne tirerai jamais ma part du gâteau qu’après vous. D’Ennery doit être parti hier pour Rome. Il a fait bien peu d’acquisitionss ici. Je vous en donnerai le détail dans la semaine prochaine que j’aurai plus de loisir à vous écrire. Je suis enchanté que vous continuez à publier quelque chose, et je vous manderai à qui vous pouvez remettre le livre pour me le faire parvenir. Vous connaissez à quel point je suis sincèrement Monsieur votre très humble et obéissant serviteur, Galiani. PS : Mr d’Enneri m’a donnéla nouvelle de la mort de Mons. Boulamaquerie. Je vous prie de me mander si l’on vendra son médaillier, et de m’en donner quelques détail. J’aimerais surtout à savoir s’il y a du bon dans son grand bronze, car le mien quoique nombreux de 1800 médailles est encore bien pauvre. Pour le moyen bronze, Mr d’Enneri me dit que celui de Boulamaqui était beau. Cependant le mien est beau aussi pour les médailles latines, ainsi si dans la suite de Mr Boulamaqui il n’y a pas beaucoup de médailles grecques, et bien conservées, elle ne me conviendrai pas. Je vous prie de me dire enfin s’uil y a des suites du bas empire, et du petit bronze. Je vous renouvelle l’assurance de mon respect » (Paris, BnF, Français, nouv. acq. 1074, f° 2-3 ; Sarmant 2003, p. 292, note 103 et 2015, p. 408).
-Lettre du 24 février 1770 (de Naples) :« Monsieur. J’ai eu l’honneur de vous expédier il y a deux ordinaires une petite pacotille des onze médailles d’argent à l’adresse de Mr de la Meinière. C’était un achat que j’ai fait pour vous, et qui n’a coûté que 22 livres. La semaine passée j’ai expédié de même une petite boîte dans laquelle il y a l’Emilien, et la médaille d’Agrino. La médaille de Nolas en bronze plût à Mr d’Enneri. Il offrit de la payer à Mr Zarillo (nb : l’abbé Mattia Zarrillo, 1729-1804) 36tt comme je trouvai que c’est un prix fou je le lui permis de la vendre, puisque je ne vous aurais jamais conseillé de l’acheter à ce prix. Il a de même acquis la médaille sardianos que je ne regrette point, puisqu’elle était mal conservée. Il aurait voulu de même avoir l’Emilien et la médaille d’Aquino, mais je n’y ai pas consenti. Pour l’Emilien j’ai payé à Mr Zarillo 50 livres. La médaille d’Aquino, il l’estime 100tt. Si elle vous fait plaisir à ce prix-là, vous pourriez la garder. Si vousne vous en souciez pas, il n’y aura aucun mal ; vous la remettrez à Mr d’Ennery à son arrivée à Paris. Il souhaite de l’avoir et l’abbé Zarillo s’entendra avec lui pour le prix. J’avais pris la liberté de vous dire que s’il vous était commode et agréable de m’envoyer deu médailles en troc de celles du premier envoi, j’en aurais été charmé. Je vous en dis autant de ces cinquante, ou soixante livres. Si vous voulez les payer en argent, vous pourriez les faire remettre à Mr Nicolaï, secrétaire de l’ambassadeur de Naples. Si vous voulez m’envoyer d’autres médailles voici en tout celles de vôtre suite double de grand bronze qui me manquent. Il n’y en a que quatre. . Vitellius. C. Vitellius Censor. Trois figures. 2. Diaduménien de la colonie barite. 3. Gordien d’Afrique jeune. Virtus Augg. 4. Pertinax. Beau. Je n’ignore pas que ces médailles sont de grand prix, aussi je ne compte achever le marché que lorsque je vous aurai envoyé assez de bonnes et belles médailles pour égaler le prix de ces quatre. En attendant vous pouvez garder les cinquante ou soixante livres car je me flatte de vous envoyer bientôt d’autres médailles. Je dois voir une pacotille qui est arrivée de Smyrne, et je vous en rendrai compte. Le temps me presse. Je suis arrivé dans l’instant de Caserta. Conservez-moi votre précieuse amitié. Mr d’Enneri est parti. Il n’a pas fait de grandes acquisitions. Il a pris de très beaux contorniates ici. A Rome il a eu des belles médailles d’or et cinq ou six de grand bronze impériales, surtout un amphithéâtre d’Alexandre Sévère qu’on venait de tirer de sous terre. Vous connaissez l’amitié et le respect de votre Galiani » (Paris, BnF, Fonds Français, n. acq., 1074, f° 4-5).
-Lettre du 24 mars 1770 (de Naples) : « Monsieur, Toujours vos lettres me causent le plus grand plaisir, et je vous prie, puisque vous n’avez pas de peine à écrire de ne pas m’en priver quand même il n’y aurait pas d’affaires de médailles entre nous. Vous pouvez être sûr que si j’eusse pu faire confidence à quelqu’un de l’ouvrage des dialogues sur les blé( ?), que je m’amusais à écrire à Paris, c’aurait été à vous par préférence à tout autre, et à tous égards ; mais comme je ne comptais pas partir de Paris si tôt, je voulais garder le plus parfait incognito. Enfin puisqu’il vous a fait plaisir, je suis au comble de mes vœux, car je ne voulais qu’amuser mes amis, en attendant que le pubic, et le siècle à venir soit persuadé. Assurément je ne répondais à personne. Je n’ai pas fait un ouvrage pour le sot plaisir des disputes. J’ai cru faire un livre utile, et m’acquitter de ma dette envers une nation qui m’a tant aimé, que j’aime si fort et que j’espère un jour de revoir. Les gens d’un esprit calme trouvent qu’il y a du bon et du vrai dans ces dialogues. Les fanatiques ne sont jamais bons à rien, et il ne faut pas perdre son temps, ni à les combattre, ni à les persuader. Je suis enchanté que vous ayez reçu les onze médailles d’argent avec une mauvaise de cuivre. J’espère que vous recevrez de même la petite boîte dans laquelle il y a l’Emilien de grand bronze et la médaille d’Aquino. Je n’ai pas encore reçu le paquet de médailles, que vous me destinez. Il se sera arrêté à Rome, et j’ai déjà écrit pour qu’on me l’envoie. Je n’avais pas pris la liberté de vous demander le congiaire de Gétas, que parce que je me souvenais que dans une estimation marquée sur des petits morceaux de papier mis dans les cases du médaillier il n’était estimé que 8tt peut-être à cause de sa mauvaise conservation ; mais en vérité je ne me souviens pas s’il est bien ou mal conservé. J’ai beaucoup de médailles de Philippe ( ?). Je ne regarde pas l’Auguste (Saitbilis) puiqu’il n’était qu’un moyen bronze renforcé. J’en ai deux ou trois de moyen bronze. Pour les autres médailles que vous m’envoyez sans attendre à les voir je vous fais mes rermerciements d’avance. Je suis accoutumé de longue main à faire des bons marchés avec vous. En attendant je cherche, et je fouille partout ici pour vous fournir de médailles. Celles que je devais voir qui venaient de Smyrne m’ont été enlevées par l’abbé ( ?), qui apparemment est resté commissioné de Mr d’Ennery ici. Heureusement j’ai appris par l’abbé Zarrillo qui l’avait vue qu’il n’y en avait pas une seule qui vous manquât. Il y avait des médaillons d’argent des rois de Syrie, et rien de bon dans le bronze. Je viens d’acquérir une médaille consulaire de la famille Julia. Il y a d’un côté L. CAESAR autour d’une figure de Minerve casquée. De l’autre il y a un char attelé, et trîné par deux hommes ailés (c’est apparemment des rênes) avec la légende L. IVLI. L.F. Si elle manque à votre suite de consulaires, je vous l’enverrai. J’ai déterré une médaille de Bitonto de bronze où il y a une chouette d’un côté, et la foudre de l’autre. Je suis après au possesseur pour la lui arracher mais c’est un antiquaire difficile à persuader. J’ai trouvé dans les mains du consul d’Angleterre deux médailles d’Auguste moyen bronze avec des légendes puniques, ou phéniciennes que je ne me souviens pas d’avoir vues. Je vous en enverrai le dessin etsi elles vous manquent, j’en entamerai le marché. Voilà tout ce que j’ai pu trouver jusqu’à cette heure. d’Ennery enleva à un milord anglais une belle médaille d’or d’Héraclée, et lui donna un Trajan fort commun en échange. Il lui prit de même une belle médaille d’argent des rois de Syrie, et lui donna une médaille fausse en échange. L’Anglais crie au voleur à présent mais d’Ennery est parti, et emporte ces deux médailles, et c’est ce qu’il a eu de plus beau à Naples. Je n’ai fait aucun marché avec lui. Il voulait me faire acheter la suite de moyen bronze de Bourlomaqui, qu’il me disait fort garnie de médailles grecques ; mais je vois à présent ce que c’est, et que je n’aurais que son rebut, et celui du président de Saint-Victor. Ainsi je n’y pense guère. Cependant s’il se présentait à vous l’occasion de m’acheter quelque belle médaille grecque soit du grand ou du moyen bronze à bon marché, je vous prie de ne pas m’oublier. Pour les latines, comme j’en ai beaucoup, il faudrait me marquer d’avance ce qu’elle est pour voir si elle manque à ma suite. Je vous prie de mes compliments à notre cher abbé Grimod, et à tous mes amis. Ne me privez pas du plaisir de recevoir des lettres et des nouvelles de vous, et comptez que j’ai trop de raisons pour être toute ma vie avec le plusn parfait attachement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur, Galiani» (Paris, BnF, Fonds français, n. acq. 1074, f° 6-7 ; Sarmant 2003, p. 223, note 145).
-Lettre du 21 avril 1770 (de Naples) : « Vottre lettre, Monsieur, m’aurait causé un chargin mortel si je n’espérais qu’ensemble avec le rétablissement de la santé, vous recouvrerez la force de votre ve, et vous pourrez continuer à lire, écrire, et vous amuser autour des médailles du moins au grand jour. En effet la privation de ces agréments de votre vie serait très sensible pour vous après une si longue habitude. J’attends par conséquent avec la dernière impatience la nouvelle de ce recouvrement que je vous souhaite du fond de mon cœur. J’ai reçu par la poste le paquet des médailles, que vous m’avez envoyées. J’avais toutes les médailles de Trajan Dèce ( ?) avec les différents revers que vous m’avez envoyés, et j’avais de même une très belle médaille de Philippe de la colonie Nesibis ; ainsi je pourrais vous renvoyer ces médailles, si vous le voulez. Je n’avais pas ni le Macrin ni le Maximin Fil. Aug. et elles m’ont fait plaisir. Cette médaille de Maximin m’avait même réveillé le goût pour les médailles du bas empire, et j’en acheterais volontiers si vous en aviez quelque suite double, ou même j’acheterais la suite de feu Mr du Haudent si elle existe encore, et si Mr d’Aumont n’y a pas causé trop de ravages. J’oserais vous prier de vous en informer. Mr Nicolaï m’a donné envois d’avoir reçu les 60tt que vous lui avez fait remettre. A l’égard de ces deux médailles qui ont coûté ce prix, j’avais eu l’honneur de vous mander que Mr d’Ennery souhaitait passionnément celle d’Aquino pour le même prix de 10tt et pour l’Emilien, comme il manque à ma suite, et qu’il est fort beau, je le prendrais volontiers si vous vouliez vous en défaire. Jusqu’à ce moment il ne m’était point parvenue aucune médaille pour vous, et en effet ces rencontres ne peuvent désormais être que fort rares puisque votre collection est si nombreuse, et si choisie. Cependant si le hasard arrivait, je ne m’engagerais à rien qu’après vous en avoir donné l’avis. Je vous prie de ne pas me priver de l’honneur de vos lettres, et du plaisir d’avoir de vos nouvelles. Vous pourrez me faire écrire par Monsieur votre fils ou par Mr de la Porte, à qui je vous prie de présenter mes très humbles respects, et vous pouvez être persuadé que je conserverai un souvenir éternel de votre amitié et de vos bontés pour moi. Je lirai avec le plus grand plaisir votre nouveau supplément que vous pouvez fort bien faire parvenir à Mr Nicolaï, ou chez Mr l’Ambassadeur d’Espagne. Je suis très parfaitement, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur. L’abbé de Galiani » (Paris, BnF, Fonds français, n. acq. 1074, f° 8-9).
-Lettre du 9 juin 1770 (de Naples) : « Monsieur, vous ne sauriez concevoir mon allégresse rien qu’en voyant le dessus de votre lettre écrit de votre main. J’ai vu par là que votre vue était retrouvée, et c’est assurément la plus agréable nouvelle qui pût m’arriver de Paris. J’en étais en peine ; cependant je n’en desespérai pas, et je puis vous assurer que malgré votre libellum répudii envoyé aux médailles, j’en cherchais, et j’en cherche pour vous ; mais elles sont si difficiles à rencontrer que rien jusqu’à cette heure ne s’est présenté. L’abbé Zarillo a été à Rome, et ne m’a rien rapporté. L’abbé Alfano est aussi revenu ici de Rome, car il ne compte pas cette année faire le voyage de Paris. Il n’a avec lui qu’un médaillon de Commode qu’il dit retrouvé dernièrement à Rome, mais les bords me le rendent douteux. Nous avons eu ici un père minime français antiquaire. Je crois qu’il s’appelle le père Magnan. Il est allé faire le tour de la Calabre et de la Sicile, et assurément il ramassera des médailles de villes, mais je ne crois pas qu’il trouvera beaucoup de nouveau. Il en a fait dessiner un grand nombre. Ce Mr Calefati qui a la médaille de Bitonto, me dit qu’il a déterré aussi une médaille de Canosa. Je ne l’ai pas encore vue. Je désespère de pouvoir la lui arracher. On a vu ici de même un Priscus Attalus d’argent, mais le propriétaire n’a pas trop d’envie de le vendre. Je vous prie de me dire combien vous l’estimez. Un Président Sanucci est mort. Il a laissé un petit cabinet assez mauvais dans lequel il n’y a de rare que la médaille du (tyran ?) Jean en petit bronze, qu’il publia aussi avec une dissertation il y a quelques années. La veuve voudrait savoir le prix de cette médaille. Voilà toutes les nouvelles de la numismatique, que je puis vous donner. Je verrai avec un plaisir extrême votre petit supplément que vous venez de publier. Il est vrai. On ne retire de l’imprimerie que des tracasseries et des chagrins. Pour moi, j’ai été encore mieux partagé, car la librairie s’est fait saisir ses meubles plutôt que de me payer, et les économistes en ont été jusqu’aux injures, et aux personnalités les plus indécentes, et les plus grossières pour bien défendre comme ils disent les droits des citoyens, et la propriété. Mais tout cela ne me fait rien. Il me suffit d’avoir plû à mes amis. Votre suffrage me vaut plus que toutes les éphémèrides. Faites-moi écrire par monsieur votre fils, et ne fatiguez pas votre vue. Excusez la petitesse de la feuille, et croyez moi toujours etc. Galiani » (f° 10)
-Lettre du 21 juillet 1770 (de Naples) : « J’ai vu ces jours passés une pacotille de médailles qu’un esclave racheté de Tunis rapportait de ce pays-là. Il n’y avait rien de bon ni de médiocre, excepté une petite médaille de Carthage latine, que je n’avais jamais vue, et qui me parut très curieuse. Il se peut faire cependant qu’elle soit fort commune, car je suis très ignorant sur cette partie-là. Je la pris des mains du vendeur et j’ai l’honneur de vous l’envoyer. Si elle vous manque, et vous fait plaisir, j’en serai ravi, et je vous prie en revanche de me donner des instructions et des connaissances sur son explication. On a trouvé une médaille fort singulière en vérité appartenant à ce qu’on croit à notre royaume. Elle est d’argent. On voit dans le revers le bœuf à tête humaine couronné par une victoire telle qu’il est sur les médailles de Naples, de Nola, etc. Au-dessous on y lit ATRATINV… en lettres d’un goût antique et (comme nous disons étrusque). On en demande un prix très cher, et malgré le peu de curiosité qu’il y a ici, il en reste toujours un peu pour les choses qui appartiennent à notre royaume, ainsi il y a des curieux qui souhaiteraient l’acquérir. Si vous vouliez me marquer jusqu’à quel prix je puis la pousser, je ferais la guerre aux autres, et le plus fou remportera la victoire. Voilà toutes mes nouvelles numismatiques. J’attends avec imptience les vôtres, et surtout celles de votre santé, et de votre vue. Je vous remercie du supplément, que vous avez bien voulu m’envoyer par la voie de Mr Nicolaï, et qui doit m’arriver incessament. Soyez persuadé que je serai toute ma vie rempli de reconnaissance et d’amitié. Votre très humble etc. Galiani ». Est jointe une note en ialien (f° 12r) : « Nota di medaglia inedite rarissime. 1. Il sig. Pellerin ha pubblicato una medaglia che per il suo tipo che rappresenta una chiave antica, per un ocello volante, che è al rovescio comune a molte isole e citta maritime. Stima appartenere alle isole chiamate Clidi dal nome greco ΚΛΕΙΣ, che significa chiave. Or vene un altra d’argento, che ha per tipo un delphine anche commune a molte isole e citta maritime, e sotto vi e ΚΛ, che dinsta certamente le stesse Isole Clidi e confirma l’opinione del Sig. Pellerin per la sua medaglia di bronzo. 2. Le medaglie di Druso in colonie sono di somma rarità per la sola testa di Druso, ma la presente, che vengo a descriverer è d una rarità insuperrabile per la sua legenda. Ha questa da una parte la testa di Tiberio colla solita sua legenda, e dall’altra la testa di Druso con questa legenda : Drusus Caesar Hippone Libera. E di bronzo di mezzana grandezza, ma piutosto grande e di buona conservazione. 3. Vaillant porta qualche medaglia della colonia Napoli in Filippo, ed il Sig. Pellerin ne ha pubblicate altre (medesime ?). L’uno ne l’altro ha veduto questa che porta per tipo una gran lupa che da latte alli due sangiulli con sopra il solito mone Garizim con un tempi alla da lui sommità, e per legenda ha SERG. NEAPOL. (Paris, BnF, Fonds français, n. acq. 1074, f° 11-13).
-Lettre du 28 juillet 1770 (de Naples) : « Votre lettre, Monsieur, du 9 est écrite d’une écriture aussi belle, aussi lisible qu’on puisse le souhaiter. Votre vue va donc bien malgré vos plaintes, et peut-être mieux que la mienne, qui va très mal. Je n’ai pas le temps ce soir de vous écrire aussi longuement que je souhaiterais, mais je ne veux pas tarder à vous donner de m’assortir des médailles du bas empire. De mon côté, je cherche aussi quelque chose d’excellent à vous procurer, mais on demande toujours de(s) prix fous et votre (collection ?) en est cause. Il suffit qu’on sache qu’une médaille manque à votre collection pour qu’elle soit hors de prix. Voici une note de trois médailles que l’abbé Zarillo a en vue. On voudrait savoir les prix que vous les pousseriez, car les prétensions sont énormes. J’ai en vue aussi une médaille unique de Posidonia avec la légende grecque, et une légende étrusque tout à côté. J’en ai offert 36 livres à Mr le Duc d’Acquavella qui la possède. Il n’a pas encore consenti, mais je n’en dérogerai pas. Je vous en donnerai la description un autre soir. Je n’ai vu qu’une fois le Père Magnan. Je le crois parti. Je pense qu’il faut( ?) beaucoup sur les acquisitions de Mr d’Enneri, à moins qu’il n’ait acheté, ou pillé les museum Tiepolo, ou Pirani, ou Morosini à Venise. Je désespère d’avoir la médaille de Canosas, puisqu’on ne veut pas même me la laisser voir. Conservez-moi votre amitié et croyez moi toujours votre très humble et obéissant serviteur. Galiani » (Paris, BnF, Fonds français, n. acq. 1074, Correspondance numismatique de Joseph Pellerin, f° 14). +
-Lettre du 18 août 1770 (de Naples) : « J’ai tardé, Monsieur, à répondre à votre lettre du 14 du mois passé, en attendant le paquet de médailles du bas empire que vous me mandez avoir donné à Mr de la Meinière pour me le faire parvenir sans frais. Comme rien ne m’est arrivé jusqu’à cette heure, je ne veux pas tarder à vous remercier de la peine que vous vous êtes donnée ppur moi. L’écriture de votre lettre, aussi bien que la recherche de ces médailles que vous venez de faire me font espérer que vos yeux iront encore longtemps, et je m’en réjouis du fond de mon cœur. La numismatique perdrait plus à l’affaiblissement de votre vue qu’à celle d’aucun autre, et surtout à celle de Mr d’Ennery qui est en fait de médailles grecques et samaritaines du nombre de ceux qui oculor habent et non videbunt. Ne vous étonnez pas de l’acquisition considérable qu’il a faite en Italie. D’abord il avait pour précurseur Mr Giraldi, et le père Magnan, et peut-être d’autres aussi ; en second lieu il a en général payé fort cher tout ce qu’il a acquis ; troisièmement il a beaucoup acheté à Venise, et donc la Lombardie, pays dans lequels à cause de la proximité et du commerce du Levant on trouve beaucoup plus de médailles qu’ici ou à Rome, et le goût en est passé. Au reste je crois quil faut rabattre quelque chose de ses triomphes, et je suis persuadé, que parmi les médailles qu’il vient d’acquérir on en trouverait le trois quart que vous avez déjà. Pour ce qui regarde Naples, je vous ai mandé le peu qu’il en a emporté, et je crois qu’il ne me démentira pas. Je continue à vous marquer ce qui vient à ma connaissance. Il y a actuellement en vente deux belles médailles. Une allocution à plusieurs figures de Gordien Pie grand bronze, fort belle, et riche en métal. On en demande 80 livres. Un médaillon de Constance en bronze avec l’enlèvement des Sabines dans le revers. Je n’ai pas vu de mes yeux cette médaille, mais on me la dit incontestable pour l’antiquité, et fort bien conservée. On en demande trois louis. Voilà tout ce que sais de nouveau en fait de numismatique. Pour moi je n’ai rien acquis depuis plusieurs mois, et je ne me flatte pas de rien trouver ici. Le peu de médailles qui existent encore à Rome sont à des prix fous pendant qu’on n’en veut rien donner des belles doubles que j’aurais à vendre ou à troquer. Pour les nouvelles du grand monde, vous saurez que les Russes ont réussi à brûler et détruire totalement la flotte turque : ils sont à présent à Ténédos occupés à bloquer les Dardanelles. Si leur armée de terre eût autant de bonheur, on pourrait voir arriver des très grands événements mais si Romanoff a été battu, et renvoyé au-delà du Niester, comme on le dit, la flotte seule ne fera rien qui vaille la dépense énorme, et incroyable qu’elle a coûtée à la Russie. Conservez-moi votre précieuse amitié. Je promène souvent dans mon imagination les soirées agréables que j’ai passées à votre cheminée. Je vous prie de mes respects à Mr de La Porte, et aux autres personnes de notre connaissance. Donnez-moi des occasions de vous procurer les sentiments du plus parfait attachement que je vous ai vouées, et croyez-moi toujours votre très humble et très obéissant serviteur. Galiani » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, Correspondance numismatique de Joseph Pellerin, f° 15-16 ; Sarmant 2003, p. 224, note 146).
-Lettre du 16 octobre 1770 (de Florence) : « Monsieur, l’absence n’a point diminué ces sentiments de véritable amitié que je vous ai voués, et les doux souvenirs des soirées que j’ai passées avec tant de plaisir auprès de votre cheminée. Je ne m’étends pas davantage sur ce souvenir qui me serre le cœur. Je vous en exprimerais moins si je vous en disais davantage. Partout où j’ai passé, j’ai été votre commissionnaire. J’avais trouvé quelques médailles à Aix, mais le vendeur ne s’y entend guère, ainsi on ne peut rien conclure avec lui. A Gênes où j’ai fini un assez long séjour on ne connaît sous le nom de monnaies antiques que les monnaies de banque, qui n’a plus de cours aujourd’hui. Je viens d’arriver ici. Je n’y trouve en vente que des médailles d’or de la Maison (Biscardi ?) estimées à des prix fous, mais on m’assure qu’il y en a de singulières. J’ai trouvé dans les mains de l’abbé Bracci antiquaire quelques médailles de villes. Elles sont bonnes, et bien conservées. Je vous en envoie un petit catalogue. S’il y en a qui vous conviennent, vous pouvez lui en écrire en droiture, et il vous les fera passer par les mains de Mr de la Meinière. Je crois qu’il ne vous sera pas difficile de convenir des prix. Il attend que vous lui marquiez ce que vous voudrez évaluer, et donner de celles qui vous conviendront. Je compte partir après demain pour Naples, où j’attendrais l’honneur de votre réponse, et des nouvelles de votre santé. Excusez la mauvaise écriture. J’ai une mauvaise plume et un écritoire d’auberge, qui me dégoûte d’écrire. Ainsi, je finis par vous assurer, que personne ne me surpassera dans les sentiments que vous méritez et que je vous ai voués pour la vie. Votre très humble et obéissant serviteur. Galiani ». Feuille annexe : « Médailles de villes en moyen et petit bronze qui sont à Florence dans les mains de Mr l’abbé Bracci. 1. Tête qui paraît d’Hadrien avec la légende C. Rev. . Figure assise. 2. Tête de roi avec la légende C KTICTHC. Rev. Une grecque très belle. 3. Tête de femme voilée . Rev. Une selle curule C. ARRVNTANVS… PR on peut lire avec quelque attention le reste des lettres que je n’ai pas le temps d’examiner. 4. Figure d’Esculape debout avec un corne dans la main. Légende ZEVC. Rev. Jupiter assis. Lgende KACIOC. 5. Tête de Sérapis. Légende presqu’effacée. Rev. Une couronne au milieu de laqelle on voit les deux lettres puniques (4M). 6. Tête de femme voilée. Rev. Un trépied avec double légende punique (3 lettres). 7. Tête voilée. Rev. Tête de bélier avec la mêm légende (3 lettres) ces deux madailles sont de la même ville. 8. Tête de femme tourrelée avec la légende de deux lettres puniques, l’une à droite, l’autre à gauche de la tête (2 lettres). Rev. Un trépied avec la lyre, le carquois, etc. : très belle. 9. Tête d’homme avec un petit chapeau. Rev. : La truie avec trois petits cochons. Légende de droite à gauche EDETVT (inversé). Cinq médailles espagnoles avec des légendes punico-espagnoles assez curieuses. 10. Tête d’Hercule. Rev. Un lion avec la lettre phénicienne (lettre). 11. Tête de garçon. Rev. Un petit chien barbet avec la lettre M au dessous. 11. Tête de femme. Rev. Un chien lévirer avedc (4 globules verticaux). 12. Tête en face de femmes. Rev. Un cheval avec les lettres étrusques MYs. » (Paris, BnF, Fonds français, n. acq. 1074, Correspondance numismatique de Joseph Pellerin, f° 17-19).
-Lettre du 27 octobre 1770 (de Naples) : « Monsieur, votre lettre du 14 septembre m’avait causé un plaisir infini la voyant écrite d’une écriture très bien formée, et la trouvant remplie de ce feu, et de cette vivacité qui me retracent la douce idée et le souvenir de nos longues conservations. Mais vous me détaillez les peines que vous cause l’affaiblissement de votre vue, et vous me donnez la nouvelle d’une chute faite au palais royal, et cela trouble ma joie, et me fache infiniment. Cependant j’espère sur l’admirable consitution de votre corps, et sur la vie très réglée que vous menez, que votre vue en restera là où elle est, et que moyennant le baton, il n’y aura plus de chutes. J’ai beaucoup parlé de vous avec Mr Hurron ( ?) tout le temps qu’il a été ici. Nous avons causé des disputes littéraires que vous avez eu avec Mr l’abbé Barthélemy, et dans lesquelles quoi qu’il combattit avec un vieillard, il n’a pas eu assurément l’avantage. Ce que vous me mandez des acquisitions de Mr d’Ennery ne m’étonne point. La plupart des cabinets d’Italie sont à présent dans les mains de seigneurs qui ne les aiment ni ne connaissent point les médailles. De crainte qu’elles ne soient volées, ils ne les laissent point voir, et cette méthode est excellente pour les laisser voler, car on ne découvre pas le vol qu’au bout de plusieurs années. Si donc Mr d’Ennery a rencontré quelques gardes de cabinet qui aient trouvé bon de lui donner ce qu’il y avait de mieux dans le cabinet de son prince, il n’aura pu avoir des morceaux uniques et à bon marché. Si je vous comptais ce qui m’arriva à moi à Rome en voulant voir les médaillons du Museum Carpineum, vous verrez combien de vraisemblance il y a dans mon système. Au surplus il est sûr que ce que Mr d’Ennery a rapporté d’Italie n’était point inventé, et c’est de la marchandise sortie pour ainsi dire de sous terre. On a vu un change qui passait, on a risqué une contrebande, qu’on n’aurait pas osé faire avec un citoyen. Si vous venez en Italie, vous ferez mieux que Mons. d’Ennery, vous emporterez des médailles plus qu’il n’en a emportées, et vous emporterez l’estime, l’admiration, et le cœur de toutes, quil n’a pas emportés. Venez donc, je vous attends, et imitez l’abbé Alfani dans le courage de voyages. Passons aux médailles. D’abord je n’ai pas des expressions convenables pour vous remercier des généreux présents que vous m’avez fait des 41 médailles que j’ai reçues dans cette semaine, et qui étaient depuis longtemps à Rome à mon insu, parce que ni Mr de la Meinière, ni Mr Digne ne m’avaient rien mandé. Je m’attendais à des médailles du bas empire, et j’ai reçu à la place des médailles grecques qui me font bien du plaisir. J’en enrichirai ma suite de grand et de moyen bronze autant que je pourrais, et je ne laisserai au petit bronze que ce qui ne saurait pas lui être refusé. Il y a dans l’envoi plusieurs médailles que j’avais, mais il y en a une douzaine que je n’avais pas, et qui me font bien du plaisir. Je brûle du désir de vous enrichir de mon côté, et j’en cherche de tous côtés, mais rien ne se présente. J’ai envoyé dans cette semaine à Mr de la Meinière pour vous remettre deux médailles. L’une est d’argent, et c’est cette médaille de l’île de Lleidas selon Mr Zarillo, et de Calcide selon vous. Au vrai les deux premières lettres qu’on y vit sont un (lettre) et un et non pas un A. Ainsi Mr Zarillo pourrait avoir raison, et la médaille pourrait être curieuse. Si elle l’est je vous prie de me la marquer. L’autre médaille est un Philippe fils de la colonie Sergia Neapolis. Vous garderez l’une et l’autre comme une petite et faible marque de ma reconnaissance. J’ai vu et examiné la médaille de Drusus Hippone Libera ; elle est incontestablement antique ; elle est bien conservée du côté de la tête de Drusus, mais du côté de la tête de Tibère la légende est effacée excepté le mot Augustus et le mot Ti qu’on voit bien. Je n’aurais pas laissé de vous l’acheter, mais Mr Zarillo en demande un prix si fou, qu’il est inutile d’y songer. Il en demande 120 livres. Audistis blasphemiam ! Je l’ai laissé là, et je ne crains point qu’elle m’échappe car personne assurément n’en voudra à ce prix. Ainsi il faut se donner la patience d’attendre un beau jour qu’il ait besoin d’argent, et qui ne tardera pas à arriver. La médaille de Paestum n’est pas achetée, et le propriétaire n’entends pas la donner à 36 livres. Portez-vous bien, ne laissez pas de m’écrire quelquefois. J’oubliais de vous dire que s’il vous vient des médailles grecques moyen ou grand bronze à acheter, et que vous n’en avez pas besoin, je les achèterais volontiers à des prix raisonnables. Ce papier finit avec les assurances de mon respect. Votre etc. Galiani » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, Correspondance de Joseph Pellerin, f° 20-21 ; Sarmant 2003, p. 292, note 104).
-Lettre du 16 décembre 1770 (de Naples) : « Monsieur, vous ne sauriez imaginé le plaisir que m’a cause votre lettre du 23 que je viens de recevoir. Tout ce qui part de Paris réveille mon âme assoupie, et annéantie dans un vide affreux de plaisirs, de grandes occupations, et de vrais amis. Tout me paraît petit ici, et cette petitesse de tous les objets m’ennuie. Au reste, je me porte bien ; j’ai été bien reçu du roi, et du ministre, ce qui fait que je me tiens à l’écart autant que je puis, crainte des morsures des envieux, qui abondent d’autant plus ici qu’il y a peu d’étoffe à partager, et qu’en général le ton des ministres n’est pas d’être prodigue en bienfaits. Voilà à peu près tout ce que je puis vous dire de mon existence actuelle ; qui sera la même jusqu’au printemps ; après ce temps je n’en sais rien. Bien des choses peuvent arriver en peu de mois. Mon long séjour à Gênes a fait faire le(s) plus étranges almanacs. Je ne croyais pas être aussi important dans le monde pour occuper le loisir des nouvellistes. Cependant il n’y a jamais eu rien de plus simple. J’ai éprouvé un effet merveilleux de l’air et du climat de Gênes pour le rétablissement de ma santé, et cela m’y a fait rester, d’autant plus que je n’avais pas le courage d’avancer par terre, crainte du mauvais air, et que je ne voulais pas absolument m’embarquer, parce que je voulais voir Rome et le Pape duquel j’ai reçu les plus grandes caresses aussi bien que du card(inal) secrétaire d’Etat mon ancien ami. Venons à présent aux médailles. Je vous ai mandé de Florence mes recherches et le peu de profit que j’en ai tiré. A Rome je n’ai trouvé presque rien. Il y a une suite de cent contorniates à vendre chez l’héritier de Bonioni ( ?). Une douzaine de médailles rares qui me manquent sont chez le nommé Cacianino, la plupart mal conservées. Voilà tout ce que j’ai vu. Je sais qu’il y a une suite assez belle de 160 médailles d’or, parmi lesquelles il y en a des rares. J’en aurai peut-être le catalogue que je vous communiquerai, ou du moins je vous indiquerai les plus importantes. Mons. d’Ennery est arrivé après mon départ à Gênes, à Florence, à Rome. Je ne sais rien de ce qu’il fait. L’abbé Giraldi qui est ici et qui est très brouillé avec lui n’en sait rien non plus. Ce Giraldi a acheté autant de bonnes médailles d’or qu’il a pu à Rome, pour les lui enlever. Je ne crois pas que d’Ennery puisse vendre d’autre chose en Italie que des médailles d’argent au cardinal Albani qui en refait une suite. Si tôt qu’il viendra ici je vous manderai les mensonges les plus vraisemblables qu’il m’aura débités. L’abbé Alfani est parti d’ici ces jours passés pour paraître au mois d’août à Paris. Il est bien heureux à son âge d’avoir pu se métamorphoser en hirondelle. Voici quelques médailles pour vous qu’il y a à vendre ici avec les prix. Une médaille d’Aquino pareille à celle que vous rapportez dans votre ouvrage excepté que la légende est écrite non pas AQVINO mais ACVINO. Prix 10 livres. Un Maxime Caesar moyen br(onze) : deux figures qui s’embrassent. Elle est médiocrement conservée. Prix 18 livres. Germanicus petit br(onze) avec une époque : 20 livres. Auguste. La tête de Tibère dans le revers avec une légende que je ne sais pas déchiffrer. On y voit à peu près ces lettres NNMKOPA. Prix 6 livres. Un Emilien grand bronze très beau dans le revers Apollini Conservatori. Prix 50 livres. Mais la plus belle de toutes celles que j’ai vues me paraît être une médaille de Nola de bronze. On la croit unique ici puisque personne n’en a vu qu’en argent. Elle ressemble aux médailles napolitaines avec le bœuf. La légende n’est pas dans le revers, mais autour de la tête, et c’est une médaille bien conservée. Dites moi si elle vous manque et je tâcherai de l’avoir du possesseur, qui pourtant l’estime fort cher, au moins un Louis. J’ai vu dans une collection une médaille de moyen bronze qui m’a parue très singulière. La tête est de l’empereur Titus ou Vespasien, et n’est pas trop conservée. Le revers est bien conservé, et je vous en envoie le dessin. Je ne sais pas si elle appartient à la colonie Pella ou à d’autres et je ne croyais pas que cette colonie eût jamais mis d’époque sur ses médailles, et en général, je ne me souviens pas d’avoir jamais vu d’époque de ville en légende, et en chiffres latins. Dites-moi ce que vous en pensez. Je vous envoie cette lettre sous l’enveloppe de Mr de la Meinière pour vous en épargner le port, et je vous prie de m’envoyer vos lettres de même avec un contresein pour les avoir franches jusqu’à Rome, ou par quelque autre voie qui m’en épargna les frais de la poste qui sont odieux. Je vous prie de me donner quelques détails du reste de la vente de Mr du Hauvent, et si le petit bronze en est vendu. Ce pays ne fournit aucune nouvelle politique. Le cabinet du duc de Noja avec tout le recueil de marbres, bronzes, et pierres gravées sera bientôt acheté par le roi. Je suis après à faire arranger cete affaire. Il y a un cabinet de médailles siciliennes à vendre à Palerme. On m’en a promis les catalogues que je vous enverrai. Soyez persuadé que rien n’égale l’attachement, et la reconnaissance avec lquelle j’ai l’honneur d’être votre très humble et obéissant serviteur. Galiani. Mes respects à Mr de La Porte » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, f° 22-23 ; Sarmant 2003, p. 292, note 102).
-Lettre du 12 janvier 1771 (de Naples) : « Monsieur, excusez le retard involontaire de ma réponse à votre chère ettre du 22 novembre. J’ai été faire une course à Pesaro ( ?), où la cour était, et je n’ai pu voir M. Zarillo que hier. Il a encore la médaille de Drusus Hippone Libera, il l’estime très fort, et Mr d’Ennery qui à ce qu’il dit la lui demande augmente encore ses prétentions sur cette médaille. Je lai forcé à rabattre quelque chose de sa première demande. Il a prononcé quatre-vingt dix livres pour son dernier mot. Je trouve ce mot encore trop cher, et je souhaite que du moins Mons. l’abbé Terray ( ?) ne vous le fasse trouver fol aussi. Je crois qu’avec un peu de patience Zarillo diminuera encore quelque chose, car il lui prend souvent des attaques de détresse d’argent, qui altèrent beaucoup ses volontés. Quoi qu’il en soit, j’attendrai vos ordres. On a trouvé ces mois passés dans un pot quelques centaines de médailles d’argent, que des paysans m’ont apportées. Je n’ai pas pu découvrir au juste l’endroit de la trouvaille, mais je crois que c’est dans la Basilicata. Dans toute cette foule de médailles il n’y avait en tout que trois types. L’un avec un lion sans légende ; l’autre (et c’est le plus nombreux) avec la légende 8IETLVIS étrusque sur laquelle on a déjà fait plusieurs dissertations. La troisième enfin est aussi rapportée par vous, et mérite d’occuper encore votre esprit. Je crois si je ne me trompe que vous l’avez attribuée à une ville de Sicile car je n’ai pas à présent votre ouvrage pour le consulter. J’ai dû le prêter à un de mes amis. Pour moi je crois que toutes les trois médailles appartiennent à la même ville. Je crois bien faire de vous envoyer toute une pacotille des 120 les plus conservées et des mieux choisies qui étaient dans le pot. Le coup d’œil de l’ensemble de toutes aidera votre génie à y faire des remarques non communes. En outre le propriétaire souhaite de retirer tout le profit possible de sa trouvaille ; ainsi je vous prie de répondre à tous les curieux qui les demanderont de ces médailles, et vous me renderez le reste en m’indiquant ce que vous en aurez tiré d’argent. Tout est dans vos mains, car cette affaire n’appartient pas à Mr Zarillo ; comptez que ce soit moi le (possesseur) qui eût trouvé le trésor. Le consul d’Angleterre qui est ici vient de vendre sa collection de médailles impériales de bronze à Milord Sandwich en Angleterre (Mr d’Ennery en avait eu les contorniates, et quelques bonnes médailles) et les a vendues à un prix très haut parce qu’il sait prôner sa marchandise. Il m’a été impossible d’en détâcher quelqu’une pour vous, car Milord Sandwich voulait tout ou rien. J’ai réussi seulement à obtenir de lui deux médailles avec des caractères puniques ou phéniciens dont vous êtes si gourmand, et que vous seul déchiffrez. Je vous les envoie dans la même pacotille à cette condition, que si vous les avez-vous pouvez les renvoyer, si vous voulez en garder une ou toutes les deux on en demander un Louis de chacune. Je les crois d’Auguste, et frappées en Espagne. Je vous envoie aussi une très belle médaille de Crotone d’argent. Le type de la tête surtout me paraît singulier et j’admire le dessin. On en demande 18 livres. Si vous l’avez-vous pouvez la renvoyer. Mais avant que de renvoyer les médailles dont vous ne vous souciez pas, je vous serais bien obligé si par l’entremise de l’abbé Grimod( ?), et sans que vous paraissiez, vous vouliez les faire offrir à Mr d’Ennery, ou à l’abbé Barthélemy ou à d’autres curieux au même prix que je vous ai marqué. Cela épargnerait la peine, et le risque de deux voyages. Je sais bien que vous n’avez pas de raison pour aimer ni l’un ni l’autre, mais outre que vous êtes infiniment obligeant même avec ceux qui ne l’ont pas tout à fait mérité, j’aurai plus de courage à vous envoyer des médailles à observer, si je savais que d’une façon ou d’autres elles trouvassent des acheteurs à Paris. Je suis bien fâché de ce que vous me mandez touchant l’affaiblissemnt de votre vue. Je crains que les coups réitérés que vos chutes ont causé au front n’aient contribué à cela. Si vous en gardez assez pour vous promener au Palais Royal, le reste j’en conviens n’est pas un grand mal. On écoute au lieu de lire, et on dicte au lieu d’écrire. Je regrette bien votre cheminée où nous aurions tant causé des nouvelles du temps. De loin il est difficile de causer librement. Aimez-moi. Je le mérite par l’attachement sincère avec lequel je suis votre etc. Galiani » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, Correspondance de Joseph Pellerin, f° 24-25).
-Lettre du 23 octobre 1771 (de Naples) : « Il y a un temps infini, Monsieur, que je dois une réponse à votre chère lettre du 9 mars. Il ne sera pas aisé de justifier un si long silence de ma part vis-à-vis d’une personne que j’estime, et que je respecte autant que vous. Cependant voici le vrai de l’histoire. Au moment que je reçus votre lettre, je la communiquai à l’abbé Zarillo. Il était sur son départ pour Rome. Je le chargeai de vous écrire de là en droiture, et d’entendre avec vous, et de vous faire l’expédition des médailles que vous souhaitiez. L’abbé Zarillo resta à Rome depuis la fin d’avril jusqu’à la mi-août. Je croyais qu’il vous avait écrit. Il revint de Rome ; il vient me voir, et il m’embrouilla son discours dont la conclusion était qu’il ne vous avait point écrit, et qu’il avait fait marché de sa médaille avec Mr d’Ennery. Je le traitai à peu près comme vous traitâtes l’évêque de Babylone (nb : Emmanuel Ballyet), et le mit à la porte. Il eut peur de ma colère ; il écrivit à Mr d’Ennery, et la semaine passée il m’a montré une lettre de Mr d’Ennery qui lui promettait qu’il vous céderait la médaille de Drusus Hippone Libera qui vous tenait fort à cœur. Avec cela nous nous sommes raccommodés. Je souhaite que Mr d’Ennery ait rempli sa promesse, et que vous ayez la médaille. Vous voyez que pendant tout le temps qu’a duré cette désagréable négociation j’ai suspendu de vous écrire, tantôt croyant qu’on vous en écrirait, tantôt attendant l’issue de l’affaire. La boîte des médailles d’argent que je vous envoyais est perdue à jamais. Je suis fâché pour la médaille crotoniate qui était fort belle. Depuis ce temps là, je n’ai ni ramassé aucune médaille ni entendu parler de rien dans ce genre. Il paraît que la source en était tarie. J’ai vu un abbé français appelé l’abbé Chaupy (nb : l’abé Bertrand Capmartin de Chaupy, 1720-1798), qui voyage l’Italie depuis douze ans, et qui y ramasse des médailles. Il a été ici il y a deux mois. Il m’a dit qu’il partait en droiture pour Paris. Si vous l’avez vu, et que vous ayez fait quelque affaire avec lui je vous prie de m’en donner des nouvelles. C’est assez parler médailles. Comment vous portez-vous ? Comment vont vos yeux ? Achetez-vous des médailles ? En recevez-vous du Levant malgré la guerre, la peste, et les (Turcs?) ? Je ne vous parle pas des affaires du temps de la France. Quis talia fando temperet a lacrymis. Ma santé est bonne ; ma gaieté, et mes dents sont perdues. Je ne vis point, n’ayant point des gens avec qui je puisse vivre. Je ne fais que juger des procès ennuyeux. Les affaires de Parme paraissent appaisées par le changement de ministre. Mais le changement d’un ministre espagnol qui succède à un français est un changement total pour une nation. Vous ne sauriez me causer un plus grand plaisir que de me donner de temps à autre de vos nouvelles. Vos lettres sont pour moi aussi précieuses que des belles médailles, mais je ne voudrais pas qu’elles fussent aussi rares que des Pescennius et des Pertinax. Vous ne pouvez ignorer les obligations que je vous professe puisque c’est vous qui les avez fait naître. Mettez-moi donc à portée de les satisfaire, et croyez moi à jamais votre très humble et obéissant serviteur. Galiani » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, Correspondance de Joseph Pellerin, f° 26-27).
-Lettre du 16 mai 1772 (de Naples) : « Monsieur, Votre silence m’inquiète beaucoup. J’ai eu l’honneur de vous écrire dans le mois de décembre en vous mandant l’acquisition de deux médailles d’or, et de trois médailles d’argent que je venais de faire, et que je comptais vous expédier pour que vous en fassiez l’achat en cas qu’elles vous fussent agréables. A la fin du carnaval, je vous ai écrit une seconde lettre pour vous marquer que le jeune vicomte de Montbroisier avait bien voulu se charger de ce paquet ; qu’il aurait remis à son oncle Mr Boutin, qui vous l’aurait rendu. Je sais que depuis quelque temps le vicomte de Montbroisier est retourné à Paris, mais je n’ai point de nouvelles, ni de réponse de vous. Je tremble pour votre vue. Vos dernières lettres me marquaient qu’elle était affaiblie, et que vous aviez bien de la peine à rencontrer des moments de lumière favorable pour pouvoir lire et écrire. Je ne voudrais pas que ce fût la cause de votre silence. J’aimerais bien mieux d’apprendre que mes lettres se sont égarées. Quoi qu’il en soit, je vous supplie de me tirer d’inquiétude en me donnant des nouvelles de votre précieuse santé à laquelle vous savez à quel point je m’interroge. Pour ne pas laisser passer une lettre sans vous donner quelques nouvelles sur votre chère numismatique, j’aurais l’honneur de vous dire que le Père Magnan à Rome et Mr l’abbé Chaupy parcourent l’Italie et enlèvent tout ce qui sort de sous terre en fait de médailles provinciales. Le Père Magnan a commencé même à publier son ouvrage sur cette partie, qui sera accompagné d’un grand nombre de planches très soigneusement gravées. Malgré ces enlèvements, j’ai œuvré à acquérir une médaille bien précieuse. Elle n’est pas unique puisque l’abbé Chaupy en possédait une autre, mais on ne connaît que ces deux. Elle est d’argent. Dans le revers elle a le bœuf à tête humaine, et on y lit dessus avec cette forme de caractères moitié étrusques moitié grecs. Elle est je crois de la ville de Capoue. Le nom de cette ville se prononçait plutôt Cappa, que Capua, puisque nous voyons son territoire appelé Campania, et les peuples Campani. Cette observation avait été faite par le chanoine Mazzocchi avant qu’il connut cette médaille, qui la confirme. La médaille a été un peu gratée par les maudits paysans qui l’ont limée quelque part pour s’assurer si elle était fourrée, ou d’argent massif. Cependant elle est bien lisible. Si elle vous fait plaisir, comme assurément elle vous manque je la troquerais volontiers contre quelques médailles impériales qui manque à ma suite. J’en dis de même des médailles d’or et d’argent que j’ai envoyées par le vicomte de Montbroisier. Vous savez que je souhaiterais passionnément avoir ce médaillon latin de Caracalla avec les vases pontificaux au revers, que vous avez double. Vous savez aussi, que je souhaiterais quelques médailles de votre suite double, telles que le Vitellius Censor, le Pertinax, le congiaire de Géta, le Gordien africain Virtus Augg. etc. : envoyez-moi ce qui vous plaira tout, en partie, ou rien. L’argent comptant soldera nos comptes. Enfin si vous est venue quelque nouveau galion à médailles du Levant, vous pouvez céder le rebut qui sera encore précieux pour moi. L’argent, je le répète, égalera les parties. J’en ai à Paris dans les mains de Madame d’Epinay, et je n’ai qu’à lui écrire de vous le payer. Mais surtout de grâce, rompez le silence, mandez-moi comment vous vous portez, et si par malheur vous souffrez à écrire, je supplie Mr de La Porte, l’aimable Mr de La Porte à qui je présente mes très humbles respects, de suppléer à cette fonction pour vous. Je me porte bien ici, Dieu merci, et j’éprouve par expérience que l’ennui qu’on dit mortel, ne tue pas les hommes. S’il était vraiment mortel, je serais mort il y a beau temps. Je suis toujours à vos ordres. Vous connaissez vos droits sur moi. Je les avoue, et je vous prie de me croire constamment avec autant de reconnaissance que de respect votre très humble et obéissant serviteur. Galiani » (Paris, BnF, Ms. N. acq. fr. 1074, Correspondance de Joseph Pellerin, f° 28-29).
-Lettre du 3 février 1770 (de Naples) : à propos de Pellerin : « J’aime bien cet homme de la vieille roche » (Sarmant 2003, p. 214, note 104). +