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F
-Lettre du 14 octobre 1621 (de Caen) : en post-scriptum : « Si M. de Saint-Clair, maître des requêtes, me tient promesse, j’espère que je vous porterai quatre médailles antiques. Mais j’ai peur que ne s’y connoissant non plus que moi, il estime beaucoup ce qui ne vaut guère » (voir Lalanne 1862, lettre 2³10, p. 558-9 et Adam 1971, p. 733).  +
-Lettre du 2 novembre 1621 (de Caen) : « Les médailles que vous donne M. de Saint-Clair sont entre mes mains; mais je n’ai pas voulu les mettre dans ce paquet, de peur que l’opinion que l’on aurait que ce fût quelque chose de meilleur leur fit courir fortune. Je vous les porterai moi-même, Dieu aidant, dans dix ou douze jours; cependant je vous en ai voulu donner cet avis, afin que si vous le voyiez, vous lui en fassiez le remerciement. Je n’oserois donner un hardi jugement en chose où je me connois si peu, mais certainement je ne crois pas que ce soit rien de bien rare. L’une est d’Adian, qui a pour son revers une femme avec le mot fides, et une autre qui est effacée. Les deux autres sont de même grandeur et de même matière que nos doubles de cuivre; il me semble que j’y ai lu Constantinus. Outre cela il y a une quatrième pièce, comme une tête de clou de cuivre, de la grandeur d’une médaille ordinaire, où il y a un aigle qui a les ailes ouvertes, que je n’estime du tout rien; mais à vous, doctes... » (voir Lalanne 1862, lettre 211, p. 559-560 et Adam 1971, p. 734-735).  +
-Lettre du 28 juil. 1688 : « Il y a facilité de le voir: on lui a fait porter une partie du moyen bronze du Roi pour travailler, c’est a dire iusqu’a Septime Severe, exclusive.» et un autre extrait de la même lettre: «Pour ce qui est de Faustine la Jeune M. M[orel] m’a dit qu’il ne se m’eloit pas de dire la bonne aventure et qu’il ne mettoit iamais que ce qu’il voioit qu’au reste la médaille était si fruste qu’il étoit impossible de dire si le [dieu] fleuve étoit barbu ou non.» (Bibliothèque Sainte-Geneviève, Ms 2516. Lettres adressées à Nicolas Toinard, d’Orléans, par M. F. Dron, chanoine de Saint-Thomas du Louvre, et par André Morell ; et à M. Dron par M. Jean-Foi Vaillant ; 1687-1688, 1687-1688 information : Guy Meyer ; M. Veillon 1997, p. 370, note 66).  +
-Lettre du 13 avril 1681 (de Paris) : « Je vous supplie de ne vous point donner la peine de me chercher des médailles d’or, la suite que j’en ai suffisant pour ma curiosité » (Carpentras, Bibliothèque inguimbertine, ms. 439, f° 56 ; Guillemain 2009, p. 46, note 33).  +
-Lettre sans date (sans lieu) : « Madame, J’ai l’honneur de vous envoier ici 13 pierres du Cabinet du Prince. 1. Le beau camée avec la tête d’Antonin Pie, ouvrage de {Manalas} en sardouin. Si on considere la beauté de la pierre et la difficulté de l’ouvrage, je suis d’accord avec Mr. Mariette que c’est une gravure excellente, mais pour la maniere lêchée qui y regne elle n’est pas comparable à la hardiesse degagée qui se trouve dans le beau siècle des Grecs. 2. La Nymphe et la Faune assis, camée onyx. C’est un des plus beaux ouvrages qui nous restent du temps des Antonins. 3. L’Athryade, cornaline, gravure excellente pour sa profondeur. Vous la trouverez dans Natter. 4. Mercure portant Bachus aux Nymphes, et 5. Cupido clouant Psysche à un arbre, tous les deux en hyacinthe, et tous les deux avec le nom d’Aulus. Ces deux pièces meritent d’être etudiées, toutes les deux sont très ingenieuses et pour la poësie et pour la composition, le travail en est d’une grande maniere. Le nom de Aulus sur le Mercure paroit être gravé avec la pointe de diamant. De tous les ouvrages qui nous restent d’Aulus ce sont sans comparaison les meilleures. Pour moi je choisirois le Mercure. Mariette parle en passant de ces deux gravure. 6. Sphynx en cornaline. L’ouvrage en est precieux, gravée par Chelyon du temps d’Auguste. 7. Tête de Caligula en sarde. C’est sans contredit la plus belle tête de cet Empereur qui y ait au monde. 8. Cupidon avec les mains liés en topase, ouvrage de Nestor. C’est celle que je choisirois peut-être avant toutes les autres. L’air d’antiquité y est parfait, le travail en est beau et il est gravé dans la Grèce du temps des premiers successeurs d’Alexandre. 9. Achile, cornaline, ouvrage hetrusque excellent. Elle a appartenue à Mr. le Comte de Caylus, qui le donne dans son ouvrage, mais assez mal. 10. Un sphynx qui va devorer un homme. Ouvrage hetrusque plus beau à mon avis que le precedent. Dans ces deux gravures vous trouverez une bordure canelée. Lorsque les gravures sont d’ailleurs antiques, ces bordures sont des signes sûrs que l’ouvrage est hetrusque, si même les sujets representés sur ces pierres paroitroient douteux. 11. Jupiter, Serapis, Junon, Harpocrate etc, en cornaline, très belle gravure, et grecque. 12. Tete de loup dans un beau sardoine (je ne vous envoie celle ci que pour la beauté et la singularité de la pierre). 13. Bellerophon est la Chimere, en sardoine. Cette gravure est d’une assez haute antiquité. Le travail y est rude encore, mais il y a de la noblesse dans la composition et dans les figures elles même. Voila tout ce qu’il y a de mieux dans le Cabinet en fait de pierres gravées. Comme ce ne sont pas les miennes et par consequent les vôtres, je vous supplierai de me les rendre dans une semaine. Je souhaite que la soirée de hier ne m’a rien fait perdre de vos bonnes graces, et que vous agreërez comme à l’ordinaire l’attachement inviolable et le profond respect, Madame, de votre obeïssantissime serviteur, Hemsterhuis » (Münster, Universitäts- und Landesbibliothek, Gallitzin Nachlaß, Band 11; Sluis 2011a, 1.1, p. 13-14).  
-Lettre sans date (1779 ?) (de Den Haag) : « Je vous conjure de le redemander à Mr. de Stosch et de considerer cela comme l’une des choses qui m’inporte le plus dans ce monde. S’il y a une chose où je suis sçavant, c’est dans tout ce qui concerne les pierres gravées, et je n’y reconnus aucun superieur. Si Mr. de Stosch fait executer à cette gravure importante la manoeuvre qu’il projette, non seulement elle court de très grands risques, mais elle devra être remontée en neuf tout de suite, puisque le chaton qui est deja usé et trop foible dans plusieurs endroits, aura perdu toute sa consistence. D’ailleurs il n’y a dans toute la Republicque qu’un seul homme auquel on puisse confier une pierre gravée à monter, c’est Mr. de Koening. Tous les autres ici sans exception ne valent rien absolument, et il me le fera dans 5 ou six jours tout au plus » (Koninklijke Bibliotheek Den Haag, 132 F 1; Sluis 2011b, 2.13, p. 27).  +
-Lettre du 4 mars 1780 (de Den Haag) : « Pour le petit cours de numismatique, j’y penserai tout de bon et je verrai s’il n’y a pas un meilleur moien pour avoir une certaine quantité de medailles que celui que vous me proposez. Hier j’ai fait l’emplêtte par le plus heureux hazard du monde d’un grand medaillon d’or, dont il n’y a que deux dans l’Univers entier. Mais helas il n’est que Romain! Je viens d’ecrire à Van Dam à Amsterdam; je le lui propose en troc, ou contre trois medaillons grecques que je possedois autrefois, ou contre un certain bouclier qui depuis vingt ans s’est niché dans ma tête. Si le bouclier vient, il passera sans faute tout droit à Munster" (Koninklijke Bibliotheek Den Haag, 132 F 1 ; Sluis 2011c, lettre 3.19, p. 61).  +
-Lettre du 26 avril 1780 (de Den Haag) : « La Haye, ce 26 d’avril 1780, Ma toute chère Diotime, je vous envoie aujourd’hui un petit balot. Outre ce que je vous ai marqué dans ma derniere, vous y trouverez encore des cure-dents que Mad. Vogt m’a donnés, et une boite cachettée qui contient cinquante ducats que vous aviez prêttés au Prince, et qu’il m’a remis. Madame Vogt m’a beaucoup parlé sur ces cures dents, mais j’ai tout oublié, d’où je conclu que ce n’etoit pas fort interessant. Il m’est arrivé une chose fort particuliere. Il y a quelque temps que j’avois imaginé une composition pour representer le chatiment de Promethée et dont je fus assez content. Depuis j’en voulois une pour un Promethée qui crée l’homme et lui donne l’intelligence. Je crois que j’ai fait plus de vingt compositions dans des moments de rebut qui me deplurent, puisque toutes ne representoient qu’un homme qui fait une statue, ce qui represente un sculpteur quelconque et non notre celèbre geant. Ce matin, outré de mon peu de succes, je jette mes brouillons dans le feu, et un moment apres, on m’annonce Mr. Millotti, que vous avez vu à Niethuis, qui venoit d’Italie et me montra des pierres. La premiere qui me tomba dans les mains fut Promethée dans une attitude que je ne l’ai jamais vu. Apres avoir fait la charpente de l’homme il lui communique l’intelligence et la vie en lui touchant la tête avec son doigt, et la petite squelette le remercie de son bienfait. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il n’y a qu’un artiste grec, qui puisse penser de la sorte. La pierre est très petite. Je vous en enverrois une empreinte, mais je ne le veux parce que l’empreinte est très mauvaise, la pierre etant extrêmement endommagée, mais lorsque vous la verrez (c’est un petit onyx) vous la trouverez pêtrie d’esprit. C’est un travail grèc de la plus haute antiquité et du même style que les deux héros en prime d’emeraude que vous avez explicquée. Si j’ai tantôt le temps j’en ferai une petite esquisse afin que vous jugez de l’esprit de la pierre. Millotti a trois ou quatre petites pierres curieuses pour les sujets, avec lesquelles il ne partira pas. Entre autres un Erichtonius combattant un Gryphon qui est du vrai beau, mais dont il est trop amoureux lui même. Je lui dois l’avantage d’avoir revu notre petite collection pour la premiere fois depuis Munster. Elle a de la reputation en Italie et votre serviteur aussi, car on y vend des pierres qu’on jure que j’ai approuvées, quoique je ne les aie vues de ma vie. Ce que je viens de dire du style de Promethée est faux. Il est d’un siècle plus târd et lorsque vous verrez la pierre qui est de la couleur d’Homere, vous verrez le dessein le plus noble et le plus exact que j’ai jamais vu dans un ouvrage grêc. Cela vous surprend, mais il faut sçavoir que la couleur de l’onyx y agit comme dans l’Homère, et que la pierre est plutôt modifiée par l’artiste pour plaire par elle meme, que par son empreinte. Si Winkelman ne parle pas dans son grand ouvrage que vous avez de cette composition de Promethée, je suis seur qu’elle est absolument inconnue jusques ici. L’Erichtonius est dans une cornaline de la vieille rôche, et c’est un sujet qu’on n’a pas vu encore sur les monuments qui nous restent. J’en suis si amoureux que je ne sçaurois vous le dire. Il y a encore une petite cornaline avec un petit Mitri à cheval marin, ouvrage grèc, une petite tête de Poppée en amethyste, très belle, un tigre en sardoine d’une grande verité et un vieux vigneron dans une cornaline très petite dont la tête est bien. Le reste des pierres de mon ami Millotti, qui vont à 500 ou 600 pour la plus part grandes et très bien montée, j’ai la generosité de les laisser aux connaissseurs de La Haye et d’Amsterdam. Je vous avoue, ma toute chère Diotime, que l’arrivée de Mr. Millotti m’a fait du bien en quelque façon. Depuis Munster je croyois mon ame eteinte pour les arts, je n’avois plus aucune sensation de ce côté, mais l’arrivée de Millotti m’a prouvé que ce n’etoit qu’une apparence et que les feux de jadis couvoient sous les cêndres. Au moins est il certain que j’ai donné d’aussi ardents baisers à Promethée et Erichthonius, que j’en ai jamais depensés pour Diomede, Thesée ou la Venus accroupie. Ma toute chère Diotime, je viens de recevoir la vôtre gracieuse à temps pour brider ma fureur dactyliographique. Ma Diotime, ne craignez plus le Pentateuque. Il est relegué à mon grenier d’où il ne descendra plus pour l’amour de moi. Si vous croiez que c’est ma faute que je ne sois pas actuellement à Munster ou en chemin, vous êtes dans l’erreur, car je vous jure qu’au premier moment que je le pourrai, je pars, sans prendre congé pas même de la Grande Comtesse. Si pourtant les bals et les spectacles de la kermesse fussent extrêmement brillantes, vous trouveriez bien raisonnable que cela me retint ». (Koninklijke Bibliotheek Den Haag, 132 F 1 ; Sluis 2011c, lettre 3.36, p. 95-97).  
-Lettre du 19 juin 1780 (de Den Haag) : « En venant chez l’Errata je vis des papiers devant elle, et si mon coup d’oeuil ne me trompe, c’etoit un sermon de Lysis avec vos remarques sur l’autre page, et que j’ai vu autre fois chez vous. Considerez Erichthonius comme l’une des plus inportantes gravures grecques qu’il y ait. Les gryphons etoient des animaux terribles qui habitoient les cavernes, et ils passoient pour les defenseurs de mines et des carrieres où il se trouvoit de l’argent, et de l’or. Par consequent notre pierre nous dit que ce roi d’Athenes fut le premier qui a exploité les riches mines de Laurium. Le Prince m’a dit que dans huit ou dix jours il va vous voir. Il profite plus de Niethuis que moi, car depuis le 1 de janvier je n’y ai été que trois heures. Avez vous deja reçu votre Winkelman de Suisse? » (Koninklijke Bibliotheek Den Haag, 132 F 1 ; Sluis 2011c, lettre 3.43, p. 110).  +
-Lettre du 10 août 1780 (de Den Haag) : « Hier j’ai eu Mr. van Hoorn d’Amsterdam pour toute la journée. Il est très riche et a voiagé avec quelque goût à ce qu’il me paroit. Il a une rage pour les pierres gravées. Il en avoit une collection de plus de 400 qui etoient parfaitement arrangées. Il en avoit plusieurs persanes, egyptiennes et hetrusques, qui n’etoient guère belles pour le travail comme vous jugez, mais très curieuses pour elucider la mythologie etc. Je crois que j’en tirerois un meilleur parti que lui. Pour le reste il avoit beaucoup de gravures d’artistes modernes et quelques unes très belles. Mais enfin dans toute cette collection il n’y avoit que deux pierres antiques que je voudrois, et que j’ai senti. L’une est le camée de Caylus où un poëte fait reciter son rôle à un acteur, et l’autre gravure en creux d’Anesas, representant une Leda. Ces deux pierres je ne les perdrai pas de vue. J’ai etudié deja mon homme. J’ai des nouvelles de Milliotti, qui se flatte de venir me montrer le superbe camée d’Oreste ». (Koninklijke Bibliotheek Den Haag, 132 F 1 ; Sluis 2011c, lettre 3.60, p. 146).  +
-Lettre du 11 août 1783 (de Den Haag) : « Le Prince m’a envoié deux très petites pierres gravées, en me demandant si cela valoit quelque chose pour vous être envoyé. L’une ne vaut pas une obole, mais je lui dirai qu’il doit vous donner l’autre sans lui dire ce que c’est. Vous pourrez la garder avec vos petites pierres qui ne sont pas montées, car quelque petite qu’elle soit, elle est extremement curieuse; mais vous devez sçavoir que les antiquaires ne se gendarment pas des ordures de la divine Grèce, pourvu que ce soit incontestablement du vrai Grec, et c’est la ce qui fait le principal merite de cette petite pierre. Je vous en donnerai la description sur une feuille à part, et puis j’imiterai Bossuet, qui apres avoir debité dans un sermon les plus vilaines ordures de Ste. Catherine de Sienne si je ne me trompe, lorsque la procession des Seraphins, pour qu’il vienne avec le charbon le plus ardent epurer ses levres souillées des inpudiques extravagances de sa Sainte. Cette pièce est une chimère priapique, qui a appartenue sans doute à quelque garce ou maitresse d’Alcibiade, mais qui a eu assez de vergogne pour ne s’en pas servir de cachet, comme vous verrez". (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/62, p. 158).  +
-Lettre du 21 août 1783 (de Den Haag) : « La Princesse se porte mieux. Le chevalier Hamilton est à Francfort. S’il vient à Cassel vous le verrez aparenment, et examinez alors bien ce qu’il a. J’ai eu ici un Baron Smit, envojé de Hesse Cassel à Francfort, homme aimable et des grands et routinés brocanteurs que j’ai jamais vu. Il voulut me vendre quelques centaines de medailles grecques en bronze. Jamais je n’ai vu de pareilles friponneries. Ceux qui ne sont pas versé dans l’art de la gravure, et dans la langue grecque en même temps, y doivent être pris necessairement. Je lui ai dit ma pensée sans sonner le mot de fripon, dont il me parut fort content. D’ailleurs cet homme me plut assez. En sortant de chez moi la derniere fois, il me dit qu’il s’adresseroit à Vosmaer. Comme Nagel voit cet animal à la Cour quelques fois, je lui dit chretiennement de le prevenir. Nagel remet ce message deux jours, et lorsqu’il vint le troisieme pour l’executer, le Vosmaer lui dit qu’helas il avoit deja tout achetté. Or ce tout ne valoit pas certainement le cuivre ». (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/63, p. 161).  +
-Lettre du 28 septembre 1783 (de Den Haag) : « Dans le moment, ma chère Diotime, je reçois la votre avec l’incluse dont j’ai deja eu soin, et avec le catalogue de feu l’aimable Stosch. Pour ce qui est des souffres, je suppose qu’ils sont assez bien conservés, qu’il y ait des catalogues joints à chaque caisse ou à chaque tiroir, et que la plus part soient bien attachés au fond des layettes. Dans ce cas la on peut en donner hardiment jusqu’à 250 ducats. On n’a pas fait de meilleurs souffres que du temps du vieux Stosch. Cet art d’en faire doit beaucoup à lui et à son ecole. Mais d’ailleurs Stosch avoit une reputation prodigieuse comme dactyliologue et par consequent commerce avec tous les cabinets de l’Europe, et on se faisoit un plaisir de lui fournir des empreintes, prises sur les originaux même. Il vendit ou fit vendre même des petites collections de ces empreintes originales, mais cela ne pouvoit pas durer long temps. Ainsi on fit des moules sur ces empreintes, qui devinrent mères d’autres qui ne valoient pas leur pères, mais qui se vendoient encore assez chers. Voila l’une des sources des mauvaises empreintes qui ne sont pas à fleur de coin. L’autre c’est que du temps de Stosch l’art de faire des pastes devint commun, et alors les possesseurs de pierres et les directeurs de cabinets aimoient mieux de faire une fois un paste sur une belle pierre, que de la risquer par cent fois plus en tirer des empreintes en souffre ou en cire. Ces pastes remplacerent les pierres, et les souffres qu’on en tira devoient être mauvaises, puisque le meilleur paste doit porter les marques des grains de la pierre ponce dans laquelle il a été jetté, quelque raffinés qu’elle pût être, ce qui donna lieu à une methode detestable. On retoucha ces pastes et on les polit soit au tourret, soit à la main, ce qui detruisit non seulement toutes les vives arrêttes qui se trouvoient encore plus ou moins dans ces pastes, mais même les contours des figures. Jugez des empreintes qu’on tira de ces pastes, et qu’on vend très bien en Italie en souffre et en Allemagne en plâtre aux amateurs apprentifs. Somme que les souffres de Stosch etant bien conservés sont les meilleurs qui existent. Si j’etois l’antiquaire du Roi de Prusse je les acheterois à tout prix pour servir à l’histoire des pierres gravées que le Roi a achêté de Stosch et où il a été horriblement trompé par l’addresse de Winckelman, qui en a donné le catalogue in quarto, infiniment curieux que vous avez et que vous devez garder avec soin. Notez que le Roi n’a pas été trompé par la friponnerie de personne, mais l’etourderie et l’ignorance de ceux qu’il a emplojé dans cette affaire. Pour les pierres gravées, ma Diotime, il est impossible d’en juger sur un tel catalogue. D’ailleurs je ne lui ai connu qu’une seule bonne pierre, c’etoit la tête d’un Silene en camée sardaine brun et blanc, qui valoit certainement deux cent ducats, mais il m’a dit ici, si je ne me trompe, qu’il ne l’avoit plus. Si vous aviez envie de risquer 6 ou 7 ducats, j’en ferai de même et alors nous risquerons à tout hazard sur les no. 5 Marquera et sur 13 Isis, ne fut ce que pour avoir quelque chose de cet homme vraiment aimable. Adieu, je n’ai plus de main ». (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/68, p. 174-176).  
-Lettre du 7 octobre 1783 (de Den Haag) : « Ma chère Diotime, j’ai devant moi une collection de camées et de pierres gravées, rangées et montées avec toute la propreté possible, que Millioti vient de m’apporter. Je vous proteste en honneur que je n’en voudrois aucune pour rien. J’exepte un camée qui represente le patriarch Joseph et ses frères du 15me siècle. Vous jugez que ce n’est pas tout à fait du Grec, mais il y a des têtes d’un fini admirable. Il paroit que les pierres antiques même mediocres ont disparues de la surface de la terre. Pour des vilenies il en plût et elles sont chères et recherchées » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/70, p. 182).  +
-Lettre du 9 otobre 1783 (de Den Haag) : « J’attend l’antique du feu Baron avec impatience. Je voudroit que vous eussiez vu ceux de Millotti et entendu les prix qu’il avoit refusé de quelques unes au duc de Marlbourg. Vous n’auriez voulu aucune de ses pierres gravées pour 6 ducats; parmis les camées deux etoient beaux, l’un grec mais cassé en six morceaux et d’ailleurs fort mal conservé, l’autre petit, representant Philoctete souffrant de son pied, dont j’ai eu la cruauté de prouver la modernité à Mr. Millotti. Ces deux pièces etoient une affaire de ƒ 4000 à ƒ 5000. Milliotti avec deux autres ont acheté à Amsterdam à la vente de Loquet pour ƒ 10.000 de tableaux. Un petit Potter assez bon ƒ 14.000 etc. etc. Il semble que la rage pour les pierres et les tableaux augmente à mesure de l’inpossibilité d’en trouver de vrai bon » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/71, p. 183).  +
-Lettre du 8 décembre 1783 (de Den Haag) : « Pour la psyche, il est aussi flatteur pour moi que raisonnable à vous, que vous vous soumettez aveuglement à ma longue routine dans ces sortes de bagatelles, mais comme il doit vous paroitre dur pourtant de vous soumettre sans la bewust sein du pourquoi, voici la raison. Les Grecs (exceptés ceux d’Egypte sous les Lagides) et les anciens romains avant les empereurs, mettoient leurs inscriptions sur les medailles etc. en ligne droite et souvent de la façon la plus bizarre. Voyons s’ils avoient tort. Une medaille par exemple offre deux choses differentes, une figure quelconque et des lettres quelconques. Le but de la figure est de plaire par son elegance et sa simplicité. Le but des lettres est de dire promptement et distinctement ce qu’elles ont à dire; par consequent il faut que je place ces deux choses si heterogenes de façon qu’elles ne se confondent ni s’embrouillent, et qu’elles se font le moins de mal possible. Par consequent: il faut que je mette les lettres en ligne droite en forme d’ecriture, pour les rendre plus dissemblables encore aux figures de l’emblème, et plus je fais cela bizarrement et peu contrastant avec la belle figure, mieux je parviens à mon but. Vojez à present une medaille moderne. 1° je dois la tourner et retourner pendant un quart d’heure avant que de sçavoir les longissimes sottises qu’elle veut me dire, et 2° combien de fois par exemple des lettres ne s’entortillent dans la perruque du heros, et au lieu de me parler, me donnent l’idée peu modeste d’une gloire, autour d’une de ces têtes qu’on ne canonise pas. Je suis aussi certain que vous trouverez du sens commun dans ce raisonnement, que je le suis que les Gots et le vulgaire n’en trouveroient point. Ils ne voient que successivement des parties qu’ils ne sçauroient lier ensemble. Le nombre d’idées fait leur beau, et le principe de la petitesse du temps s’evanouit pour eux. Ainsi plus vous leur donnerez de l’enygme, du galimathias, et du brouillamini, plus ils seront naturellement contents. Cette grande verité vous pourrez la deduire aisement de nos principes demontrés; vous pourrez la voir par milles exemples en feuilletant seulement les grandes histoires metalliques modernes; et vous pouvez la verifier par des experiences charmantes prises sur les gens du peuple et sur la plus part des grands et des princes. Pour ces derniers, il y a une remarque à faire, infiniment curieuse et peut-être infiniment interessante. Ils ont une façon de juger du beau (et peut-être du bon) toute autre que le peuple, qui ne sçauroit juger que par la richesse d’idées, et toute autre que vous et moi, qui jugeons par la petitesse du temps et par la richesse d’idées. Ils distinguent le beau du laid (et peut-être le bon du mauvais) à très peu près de la façon que nous avons appris à distinguer un boeuf d’un âne, d’un cheval, d’un singe, et d’un arbre. C’est tres curieux; peut-etre je disserterai la dessus un jour. Mais voulez vous bien croire, ma chère Diotime, que meme pour vous et pour moi, qui ne sommes pas tout à fait des ignorants dans ces sortes de matieres, il y aura peu de choses plus difficiles que d’attraper bien, et de sentir identiquement la façon de juger du beau et du bon de la plus part des princes. Pourtant le plus fin connoisseur que j’ai vu, etoit un prince. C’etoit le celèbre Wenceslas de Lichtenstein, aussi bon antiquaire que Grand Capitaine. J’ai l’honneur de lui devoir beaucoup au fait de connoissance en pierres gravées. Le Duc de Noya Caraffa (insigne fripon, d’ailleurs comme antiquaire italien, et qui a si horriblement triché notre pauvre Stosch) m’a appris quantité de choses sur les medailles de la Grande Grece que je n’aurois jamais sçu sans lui. Voila des exeptions; mais si on me donnoit Diotime et Furstenberg sans leurs noms et leurs titres, j’en concluerois sur toutes les regles des probabilités, que la grande philosophie ne peut avoir rien de commun avec eux. (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 6 ; Sluis 2010, lettre 4/91, p. 235-236).  
-Lettre du 23 avril 1784 (de Den Haag) : « Le jugement sur les pierres gravées m’a amusé, quoiqu’à cet egard j’aimerois tout autant m’en fier à nos Comtes de Stadion. Juger des effets de la beauté des productions de l’art est un droit que chaqu’individu a pour soi, et le seul juge competent c’est le tact naturel de chaqu’individu; mais juger de l’art meme, et des siècles et des hommes qui le modifient, cela demande un beaucoup plus grand nombre de vraies connoissances que les sciences les plus profondes et les plus inportantes. J’ose dire cela à vous, ma chère Diotime, puisque vous le sçavez et que vous le sentez, mais de prêcher cela au monde actuel, ce seroit degouter la plus part des personnes distinguées de la culture des arts. Ce qui m’a paru remarquable, c’est qu’ayant connu grand nombre d’amateurs de presque toutes les nations, soit personnellement, soit par lettres, les Allemans sont mieux faits, sans comparaison, pour juger de l’art en general que les autres nations, et les François sans comparaison le moins. Lorsque je pense à cett illustre et digne Comte de Caylus, qui m’honoroit assez de son estime, j’ai dû repentir de ne lui avoir pas marqué ingenuement les bevues palpables et inportantes qu’il a fait dans ses beaux ouvrages. Le vieux Stosch deFlorence et Caylus etoient fort liés et firent bien des trâcs ensemble. Jugez qui fut dupe de l’Allemand ou du François. Sur cet article je pourrois dire des nouvelles, sans la grande cloche de cette ville » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 7 ; Sluis 2010b, lettre 5/31, p. 126-127).  +
-Le 13 juillet 1784 (de Den Haag) : « Je ne veux pas finir sans vous communiquer une anecdôte de dactylologie qui vous fera de la peine. Il y a ici Mylord Egerton, fils d’archeveque, neveu de notre feu ami Rhoon, lui ressemblant beaucoup, très riche, ayant beaucoup et bien vojagé, et l’un des plus reëls et solides connoisseurs en pierres gravées etc. que j’ai jamais vu. Jugez si je l’aime! Il m’a dit que le Diomede du Duc de Devonshire n’existe plus dans la nature. Je m’en etois deja douté sans avoir ôsé le dire, lorsque Miladdy Spencer vous envoia les empreintes des pierres de son beaufils. Je connoissois tellement cette merveille par tant de souffres et de pâtes que j’en avois eu, et je ne la reconnus plus dans l’empreinte de Mad. Spencer. Je suis persuadé à present que Hamilton n’a jamais vu cette pierre incomparable. Lorsque j’aurai recueilli toutes mes preuves de cette histoire affligeante vous le saurez, mais enfin ce Diomede a disparu non seulement, mais cessé d’être depuis dix ans! » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 7 ; Sluis 2010b, lettre 5/54, p. 200).  +
-Lettre du 13 décembre 1784 (de Den Haag) : « Enfin les coins de la medaille de Mr. de Suffren sont achêvés. Nous en avons frappé une en or, trois en argent, et moi je me suis reservé d’en faire à mes fraix deux ou trois en cuivre rouge, si je le puis, car les coins doivent être brisés. J’en ai deja une sans que les coins sont cassés, quoique celui du revèrs commence à se courber un peu. C’est une epaisseur de trois pouces de l’acier le plus dur qui soit possible de faire. Je compte que les efforts reunis pour faire une telle medaille en cuivre ou rosette absolument pur comme je les veux, surpasseront de beaucoup un million de livres. Si j’en ai deux, l’une sera pour ma toute chère Diotime, et l’autre pour ma toute chère Mimi. Je vous les enverrai avec les Connoissances des Temps par le chariot de poste. Cela vaut le port ne fut ce même que par leur extrême rareté. On en a fait deja des estampes à Amsterdam, dont je vous enverrai des exemplaires et vous verrez si moi et Mr. Schepp nous avons de quoi nous glorifier de Mr. Vinkeles, le graveur de cet estampe » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 7 ; Sluis 2010b, lettre 5/94, p. 291).  +
-Lettre du 24 décembre 1784 (de Den Haag) : « Ma toute chere Diotime, voici les deux medailles en question, rarissimes sans doute, car il n’y a que sept dans le monde. Les deux que je vous envoye sont les meilleures de beaucoup. L’une est pour Diotime et l’autre pour Mimi. Comme les coins devoient être cassés, j’ai pris par curiosité pour ces deux medailles le cuivre et l’argent aussi parfaitement epuré qu’il etoit chimiquement possible sans aucun alliage quelconque, et j’ai été surpris de voir que l’argent demande encore plus d’efforts que le cuivre pur; aussi le coin a crevé sur celle ci d’argent au moment qu’il touchoit par tout. Vous direz qu’il y a des medailles plus profondes que celle ci, mais alors on met de l’alliage dans les metaux et d’ailleurs en composant cette tête je n’ai eu aucun egard pour faciliter le mecanisme du coin, ce qu’on peut faire de cent façons differentes, mais non sans que le naturel ou le naïf du dessein en souffre. Les anciens Grecs ont fait des têtes plus profondes et bien plus difficiles que celle ci dans l’argent et le cuivre le plus pur, d’où je conclue qu’en frappant leur monnoye ils se servoient d’un mechanisme qui nous est inconnu, ou bien qu’ils sçavoient donner une meilleure trempe à l’acier de leur coins, ce que je crois » (Universitäts- und Landesbibliothek Münster, Gallitzin-Nachlaß Band 7 ; Sluis 2010b, lettre 5/97, p. 298).  +